OTTAWA — La fusillade survenue dimanche près de la synagogue Sons of Jacob, à Belleville, en Ontario, relance une question que les chiffres rendent difficile à éviter : les personnes juives peuvent-elles pratiquer leur religion au Canada sans craindre pour leur sécurité ? Dans une déclaration publiée vendredi, la Commission canadienne des droits de la personne affirme que les motivations antisémites de l’auteur ont été confirmées. Elle souligne aussi le courage des policiers qui protégeaient les personnes réunies pour Yom Kippour.
Une attaque pendant Yom Kippour
La fusillade a éclaté le 20 septembre, alors que des fidèles étaient rassemblés pour Yom Kippour, la journée la plus solennelle du calendrier juif. Un policier a été blessé lors de l’échange de coups de feu à l’extérieur de la synagogue. Les personnes qui se trouvaient à l’intérieur n’ont pas été blessées. La Commission estime que l’intervention policière a permis d’éviter des pertes humaines beaucoup plus lourdes.
L’attaque frappe par son lieu et par son moment. Il ne s’agit pas seulement d’un événement survenu près d’un édifice religieux : des gens s’étaient réunis pour prier, en sachant qu’une protection policière était nécessaire. Dans sa déclaration, la présidente de la Commission, Charlotte-Anne Malischewski, rappelle que les personnes juives ont le droit de se rassembler, de pratiquer leur foi et de vivre ouvertement sans crainte.
Des chiffres qui ont presque doublé en deux ans
Les données de Statistique Canada montrent l’ampleur du problème. Les services de police ont déclaré 527 crimes haineux ciblant la population juive en 2022, puis 959 en 2023. Le nombre a légèrement reculé à 920 en 2024, mais il demeure environ 75 % plus élevé qu’en 2022. Il serait donc trompeur de présenter la baisse observée entre 2023 et 2024 comme un retour à la normale.
En 2024, les crimes visant la population juive représentaient 920 des 1 342 crimes haineux déclarés par la police dont le motif principal était religieux, soit un peu plus des deux tiers. La même année, la police a recensé 4 882 crimes haineux, tous motifs confondus, au Canada. Ces chiffres décrivent les affaires connues des policiers et classées comme crimes haineux confirmés ou soupçonnés; ils ne comprennent pas nécessairement tous les actes antisémites vécus ou signalés ailleurs.
Au-delà des statistiques
Un crime haineux ne touche pas seulement sa victime immédiate. Lorsqu’une synagogue est visée, c’est toute une communauté qui peut se demander s’il est prudent d’y retourner, d’y amener ses enfants ou d’afficher publiquement son identité. La Commission canadienne des droits de la personne prévient que la haine menace la sécurité publique, nourrit les préjugés et déshumanise les personnes qu’elle cible.
On peut débattre vivement de la politique canadienne, du gouvernement israélien et de la guerre au Moyen-Orient. Aucun de ces débats ne peut justifier que des personnes juives au Canada soient menacées en raison de leur religion ou de leur identité. À Belleville, des fidèles s’étaient réunis pour Yom Kippour. Ils auraient dû pouvoir le faire en paix.

