SHERBROOKE — Référendum est sûrement l’un des mots politiques les plus prononcés au Québec depuis les années 1970, où Claude Morin a choisi d’adopter cette stratégie afin de faire la souveraineté du Québec. Le mot est chargé : certains le veulent le plus tôt possible, d’autres voudraient ne plus jamais en entendre parler. Mais on se retrouve parfois devant une situation paradoxale : certains nationalistes, même parfois indépendantistes, s’opposent à la tenue d’un référendum. Pourquoi ? N’est-ce pas contre-intuitif ?
Les nationalistes alternatifs et un parti devenu institutionnel
On remarque la différence entre les nationalistes que l’on pourrait qualifier d’« alternatifs », c’est-à-dire des identitaires, de droite ou anti-système, et le Parti québécois, devenu trop timoré et institutionnel à leur goût. On les voit sur les réseaux sociaux : ils se nomment Alexandre Cormier-Denis, François Gervais, Philippe Plamondon, David Leroux.
Ils représentent une nouvelle génération d’indépendantistes plutôt à droite, peu portés vers le politiquement correct. Plusieurs d’entre eux s’opposent à la tenue d’un référendum « perdant ». Pourquoi ? Ils ont des arguments assez simples.
Ils évoquent les deux référendums, celui de 1980 et celui de 1995, pour nous dire : vous voyez, chaque fois que l’on a perdu, cela a été suivi de pertes pour le Québec. En effet, il faut dire que la défaite de 1980 a pavé la voie au rapatriement de la Constitution, sans l’aval du Québec, en 1982. Avec l’enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés dans celle-ci, qui diminuera le pouvoir des provinces et augmentera celui des tribunaux.
Et 1995 ? Loi sur la clarté, scandale d’Option Canada, scandale des commandites. On a essayé de vendre le Canada aux jeunes générations, aux artistes et aux universitaires. Et cela se perpétue jusqu’à aujourd’hui. D’où la sortie, certes maladroite, de Paul St-Pierre Plamondon sur les artistes et leur manque de loyauté. Mais qui n’était pas dénuée de fondement.
« Je ne veux pas de référendum, mais je n’ai pas dit que je voterais non »
Éric Duhaime est un paradoxe : il dirige une formation de militants anti-système, associés à la « droite de Québec », contre les taxes, les impôts et les lois considérées comme intrusives dans la vie quotidienne. On peut penser ici aux lois linguistiques. Or, Duhaime a voté oui en 1995 et n’a jamais clairement indiqué qu’il voterait non au cours d’un prochain référendum.
S’il demeure paradoxal sur certaines questions qui préoccupent les indépendantistes, notamment sur les seuils d’immigration à conserver en fonction des besoins — ou des envies — des dirigeants d’entreprises, il s’oppose à la tenue d’un référendum « perdant » parce que ça ferait reculer le Québec, selon lui. Pas parce qu’il voterait non.
L’histoire nous le dira
Rien n’est écrit. Du moins, pas encore. Un référendum, c’est beaucoup de préparation. Il faudra que le Parti québécois, minoritaire, conclue une entente avec Québec solidaire, ce qui n’est pas gagné d’avance.
Ou encore avec le Parti conservateur du Québec, à une époque où la droite dite « de Québec » est plutôt réceptive au nationalisme. Mais ce qui est encore moins gagné d’avance que dans le cas de QS, parti de gauche radicale officiellement indépendantiste, mais avec une base militante des plus critiques à l’égard du projet.
Les nationalistes alternatifs devront mettre de l’eau dans leur vin. On peut comprendre pourquoi ils s’opposent à la tenue d’un référendum. Ils ont des arguments. Que l’on soit pour ou contre. Mais si le référendum arrive, que feront-ils ? La question se pose.
Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

