Dix ans sans Leonard Cohen, le poète de Montréal

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MONTRÉAL — Leonard Cohen est mort le 7 novembre 2016, à l’âge de 82 ans, dans sa maison de Los Angeles. Dix ans plus tard, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal invite les gens à raconter ce qui leur revient en mémoire quand ils pensent à lui, qu’il s’agisse d’une chanson, d’un livre ou d’un coin du quartier. Cohen avait une maison rue de Vallières, en face du parc du Portugal. Et bien avant que son visage apparaisse sur les murs de la ville, il avait fait entrer le Vieux-Port et sa chapelle des marins dans une chanson que le monde entier allait reprendre.

Dix ans sans Leonard Cohen, le poète de Montréal
IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / ARRONDISSEMENT DU PLATEAU MONT-ROYAL

Le poète avant le chanteur

Né le 21 septembre 1934, Leonard Cohen grandit à Westmount dans une famille juive. À l’Université McGill, où il obtient son baccalauréat en 1955, il écrit ses premiers poèmes et trouve des mentors chez Louis Dudek et Irving Layton. Son premier recueil, Let Us Compare Mythologies, paraît en 1956 grâce à une souscription lancée dans le journal étudiant. Il a alors 21 ans.

En 1960, il s’installe sur l’île grecque d’Hydra, où il rencontre la Norvégienne Marianne Ihlen, qui inspirera So Long, Marianne. Ces années sont surtout celles du romancier. Il publie The Favourite Game en 1963, puis Beautiful Losers en 1966, un roman qui mêle désir, religion et histoire du Québec. Entre les deux, l’Office national du film lui consacre un documentaire dans lequel on le voit lire ses poèmes devant une salle attentive, puis déambuler dans les rues de Montréal.

De la chapelle des marins à Hallelujah

C’est Judy Collins qui enregistre la première Suzanne, après que Cohen la lui a chantée au téléphone. La chanson s’inspire de ses rencontres avec la danseuse Suzanne Verdal et du paysage du Vieux-Port, où la statue de la Vierge domine le fleuve depuis la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours. Cohen en fait la première pièce de Songs of Leonard Cohen, son premier album, paru à la fin de 1967. Il a 33 ans et déjà plus d’une décennie de métier comme écrivain.

Il faudra davantage de temps pour que Hallelujah trouve son public. La chanson paraît en 1984 sur Various Positions, un album que Columbia refuse d’abord de distribuer aux États-Unis. En 1991, John Cale enregistre une version au piano et choisit parmi les nombreux couplets que Cohen lui a fait parvenir. C’est cette version qui inspire Jeff Buckley, dont l’interprétation sur Grace, en 1994, contribue à faire de la chanson un classique.

Le retour sur scène à 73 ans

À la fin des années 1980, les synthétiseurs d’I’m Your Man donnent une nouvelle couleur à sa voix grave, notamment sur Everybody Knows et First We Take Manhattan. Sur The Future, en 1992, ses chansons prennent un tour plus politique, même si Anthem laisse une place à l’espoir. Au milieu des années 1990, Cohen se retire plusieurs années au monastère zen du mont Baldy, en Californie.

En 2008, à 73 ans, il repart en tournée après une quinzaine d’années loin de la scène et de lourdes pertes financières. Il passe par le Festival international de jazz de Montréal, puis remplit des salles à travers le monde. Il entreprend une autre tournée en 2012, l’année de la sortie d’Old Ideas, et publie Popular Problems à l’époque de ses 80 ans.

Un dernier disque et un retour à Montréal

Le 21 octobre 2016, Cohen fait paraître You Want It Darker, le dernier album publié de son vivant. Sa santé est fragile et son fils Adam produit le disque, enregistré chez lui à Los Angeles. Sur la chanson-titre, on entend le chœur de la synagogue Shaar Hashomayim de Westmount, celle où Cohen a célébré sa bar-mitsva. Il y répète hineni, un mot hébreu qui signifie « me voici ».

Un peu plus de deux semaines plus tard, Cohen meurt dans son sommeil après avoir fait une chute au cours de la nuit, selon son gérant Robert Kory. Sa famille annonce son décès le 10 novembre, trois jours après sa mort. Le même jour, ses proches l’inhument dans l’intimité, auprès de ses parents, dans le lot familial du cimetière de la congrégation Shaar Hashomayim, sur le mont Royal.

Ses chansons passent à une troisième génération

Cette semaine, c’est au Théâtre St-Denis que les Montréalais ont pu retrouver ses chansons. Adam Cohen et son fils Cassius ont partagé la scène les 4 et 5 novembre dans le cadre d’Everybody Knows, une tournée hommage produite par la famille qui doit s’arrêter au Meridian Hall de Toronto ce samedi 7 novembre. Adam avait déjà repris le travail de son père après sa mort, en achevant à sa demande les chansons de l’album posthume Thanks for the Dance, paru en 2019.

À Montréal, il suffit aussi de marcher un peu pour retrouver Cohen. Kevin Ledo a peint son portrait sur le boulevard Saint-Laurent, à quelques pas du parc du Portugal. Au centre-ville, El Mac et Gene Pendon ont signé le grand portrait de la rue Crescent, inauguré le 7 novembre 2017, un an jour pour jour après sa mort. Et au Vieux-Port, la Vierge de Notre-Dame-de-Bon-Secours regarde toujours le fleuve, comme dans Suzanne.

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