L’ex-bras droit de Sol Zanetti prédit la fin de Québec solidaire

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QUÉBEC — Québec solidaire pourrait-il être appelé à disparaître ou à connaître une importante fracture au cours des prochaines années ? C’est ce que croit Jimmy Thibodeau, ancien directeur de campagne de Sol Zanetti, devenu depuis l’un des critiques les plus virulents de son ancienne formation politique. Dans une longue analyse publiée le 23 octobre, le militant souverainiste estime que les résultats des dernières élections pourraient marquer le début de la fin pour le parti de gauche. Selon lui, la stagnation électorale et les divisions entourant l’indépendance du Québec risquent de provoquer une crise majeure.

L’ex-bras droit de Sol Zanetti prédit la fin de Québec solidaire
IMAGE TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK / JIMMY THIBODEAU

Un ancien proche de Sol Zanetti devenu critique

Jimmy Thibodeau n’est pas un simple observateur de la politique québécoise. Ancien militant d’Option nationale, il a poursuivi son engagement au sein de Québec solidaire après la fusion des deux formations en 2017. Il a notamment occupé des responsabilités dans les instances politiques du parti, avant de diriger la campagne de Sol Zanetti lors de la course au co-porte-parolat masculin. Toutefois, en décembre 2025, il a quitté Québec solidaire pour rejoindre le Parti québécois, remettant ouvertement en question la volonté indépendantiste de son ancienne formation.

Depuis son départ, Thibodeau multiplie les interventions publiques et les analyses critiques sur le fonctionnement de QS. Il a notamment dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction entre le programme souverainiste du parti et les convictions d’une partie de ses militants. Ses interventions ont également provoqué des tensions avec Sol Zanetti, qui a publiquement contesté certaines de ses affirmations concernant d’anciennes discussions sur une alliance avec le PQ. Les deux hommes, autrefois alliés politiques, défendent désormais des stratégies bien différentes pour parvenir à l’indépendance du Québec.

Un parti qui peine à progresser

Dans sa dernière analyse, Jimmy Thibodeau revient sur les résultats électoraux de Québec solidaire, qui a remporté neuf sièges lors du scrutin du 5 octobre. Il rappelle que la formation avait obtenu 11 députés en 2022, après avoir connu une progression importante lors des élections précédentes. Au suffrage populaire, QS a également reculé, passant de 15,43 % des voix en 2022 à 12,42 % en 2026. Le parti, qui occupait le deuxième rang en nombre de votes il y a quatre ans, a terminé cinquième lors du dernier scrutin.

Pour l’ancien militant, les discours de résistance prononcés par les dirigeants solidaires ne peuvent masquer les difficultés de la formation. Il rappelle que Gabriel Nadeau-Dubois avait lui aussi tenté de présenter les résultats de 2022 sous un jour favorable, malgré des gains électoraux limités. Une situation qui avait éventuellement alimenté une réflexion sur la nécessité d’adopter une approche plus pragmatique pour aspirer au pouvoir. Or, quatre ans plus tard, Québec solidaire se retrouve avec une représentation parlementaire encore plus réduite.

Fondé en 2006, Québec solidaire célébrera bientôt son vingtième anniversaire sans jamais avoir participé à la formation d’un gouvernement provincial. Thibodeau estime que cette longue période passée dans l’opposition pourrait provoquer un épuisement progressif des militants. À ses yeux, le parti risque de demeurer prisonnier d’un électorat relativement limité, sans véritable perspective de conquête du pouvoir. Il va jusqu’à envisager que le scrutin du 5 octobre soit l’un des derniers de son histoire.

L’indépendance pourrait provoquer une fracture

Mais au-delà des résultats électoraux, c’est surtout la question nationale qui préoccupe Jimmy Thibodeau. Québec solidaire demeure officiellement une formation indépendantiste, tout en attirant également des électeurs progressistes qui ne souhaitent pas nécessairement la souveraineté du Québec. Selon l’ancien militant, cette contradiction pourrait devenir beaucoup plus difficile à gérer avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement péquiste minoritaire. La possibilité d’un nouveau référendum obligerait alors les solidaires à clarifier leur position.

Le Parti québécois dispose désormais de 60 sièges, après le dépouillement judiciaire du 21 octobre dans Vachon, soit quatre de moins que les 64 nécessaires pour obtenir la majorité à l’Assemblée nationale. Les neuf députés de Québec solidaire pourraient donc jouer un rôle important dans l’adoption de certains projets du gouvernement. Cette situation placerait la formation devant un choix particulièrement délicat si le gouvernement présentait des mesures destinées à préparer un référendum. En appuyant le PQ, QS pourrait mécontenter une partie de ses sympathisants; en s’y opposant, il risquerait d’être accusé de renier son propre engagement indépendantiste.

Thibodeau considère que ces tensions pourraient entraîner une remise en question profonde de l’identité politique du parti. Certains militants pourraient souhaiter abandonner la souveraineté afin de construire une formation de gauche ouvertement fédéraliste. D’autres pourraient plutôt choisir de rejoindre le Parti québécois, estimant que celui-ci représente désormais la meilleure avenue pour réaliser l’indépendance. L’ancien directeur de campagne de Sol Zanetti croit ainsi que les conditions pourraient être réunies pour un véritable schisme.

Une lecture contestable pour les solidaires

Cette analyse demeure toutefois celle d’un ancien militant qui a publiquement pris position en faveur du Parti québécois. Québec solidaire continue pour sa part de défendre un projet d’indépendance qu’il souhaite inclusif et progressiste, notamment à travers la création d’une assemblée constituante. Lors de la dernière campagne électorale, Ruba Ghazal et Sol Zanetti ont réaffirmé leur intention de mener une démarche pouvant aboutir à un référendum et à l’indépendance du Québec. La formation considère donc que la souveraineté demeure compatible avec ses engagements en matière de justice sociale, d’environnement et de diversité.

Le recul électoral ne signifie pas non plus que le parti est condamné à disparaître. Malgré des sondages parfois inquiétants durant la campagne, Québec solidaire est parvenu à faire élire neuf députés et à conserver des circonscriptions importantes à Montréal, à Québec et à Sherbrooke. Ses élus disposent maintenant de quatre années pour tenter de reconstruire leur organisation et de retrouver une partie de leur électorat. Reste à savoir si la formation pourra y parvenir tout en composant avec un gouvernement indépendantiste auquel elle sera amenée à s’opposer sur plusieurs dossiers.

Sherbrooke demeure dans le camp solidaire

À Sherbrooke, Québec solidaire a réussi à conserver une circonscription qu’il représente depuis 2018. Stéphanie Vachon, qui succède à Christine Labrie, a remporté une victoire serrée lors des dernières élections, dans une lutte particulièrement disputée contre les candidats libéral et péquiste. La nouvelle députée s’est également vu confier la fonction de whip du caucus solidaire, ce qui lui donnera un rôle dans l’organisation et la discipline parlementaire de sa formation. Elle pourrait donc être appelée à participer directement à la gestion des tensions politiques que Thibodeau anticipe.

Pour l’heure, les divisions annoncées par l’ancien militant demeurent hypothétiques. Rien ne permet d’affirmer qu’une scission est imminente ni que les membres de Québec solidaire souhaitent majoritairement remettre en question la position souverainiste du parti. Néanmoins, la présence d’un gouvernement péquiste minoritaire pourrait bien forcer QS à prendre des décisions particulièrement difficiles sur la question nationale. Après vingt ans d’existence, Québec solidaire devra déterminer quelle place il souhaite occuper dans un paysage politique québécois profondément transformé.

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