SHERBROOKE — Malgré leur importance dans la vie culturelle et communautaire, les bibliothèques publiques québécoises continuent de manquer de ressources. Pour une deuxième année consécutive, elles obtiennent une note globale de 68 % dans le Portrait des investissements dévoilé ce mardi 20 octobre par l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) et le Réseau BIBLIO du Québec.
Cette cinquième édition, réalisée à partir des données de 2025, montre que les progrès demeurent limités. En 2022, les bibliothèques obtenaient une note de 64 %, contre 66 % en 2023 et 68 % en 2024. Après cette légère amélioration, les résultats ne progressent plus.
Le personnel demeure le principal problème
Le constat le plus préoccupant concerne les ressources humaines. Avec une note de seulement 31 %, cet indicateur se situe loin derrière les autres éléments évalués. Le manque de personnel qualifié et en nombre suffisant peut notamment limiter les heures d’ouverture, l’accompagnement des usagers et les activités proposées.
Les heures d’ouverture obtiennent pour leur part une note de 57 %, tandis que les acquisitions de documents atteignent 62 %. La superficie des établissements obtient 66 %, alors que le nombre de places assises représente le point fort du réseau, avec un résultat de 82 %.
Ces pourcentages ne représentent pas la part des budgets consacrée à chacun de ces secteurs. Ils mesurent plutôt le niveau des ressources et des services offerts par rapport aux objectifs établis dans le programme BiblioQUALITÉ.
« Que la note de ce Portrait soit semblable au résultat de l’an dernier révèle qu’il reste encore beaucoup de travail à faire », souligne Eve Lagacé, directrice générale de l’ABPQ.
L’organisme souhaite que les municipalités puissent développer davantage leurs collections, améliorer leurs installations et disposer d’un personnel suffisant pour répondre aux besoins de la population.
Qu’en est-il des bibliothèques de l’Estrie ?
En Estrie, les bibliothèques publiques constituent également un service de proximité important, particulièrement dans les petites municipalités. Selon son rapport annuel 2024-2025, le Réseau BIBLIO de l’Estrie regroupait 52 points de service desservant 55 municipalités. Sa collection comptait 170 540 documents au 31 mars 2025, dont 156 595 livres imprimés et 12 282 livres numériques.
Le rapport révèle toutefois un recul des achats de livres imprimés par le Réseau. Ceux-ci sont passés de 6 483 exemplaires en 2023-2024 à 4 209 en 2024-2025, une diminution d’environ 35 %. Ces chiffres concernent les acquisitions du Réseau BIBLIO et non l’ensemble des achats effectués par les bibliothèques municipales de l’Estrie.
À Sherbrooke, la population bénéficie pour sa part de cinq bibliothèques et d’un abonnement gratuit pour les résidents. La Ville a également mis en place en 2025 un service de prêt réseau, permettant de réserver un document d’une bibliothèque municipale et de le récupérer dans une autre. Cette mesure vise notamment à rendre les collections plus accessibles aux citoyens des différents secteurs de la ville.
Le portrait provincial ne permet cependant pas d’établir précisément la situation financière des bibliothèques sherbrookoises à partir de sa seule note globale. Une analyse des budgets municipaux et des ressources propres à chaque établissement serait nécessaire pour déterminer dans quelle mesure les problèmes observés à l’échelle québécoise se manifestent localement.
Des différences importantes entre les régions
Les bibliothèques des régions éloignées sont particulièrement touchées par le manque de ressources. Leur résultat global atteint 64 %, soit quatre points sous la moyenne québécoise. Les difficultés concernent notamment les ressources humaines et les heures pendant lesquelles la population peut accéder aux établissements.
Cette situation soulève la question de l’équité territoriale. Une bibliothèque située dans une petite municipalité ne dispose pas nécessairement des mêmes moyens qu’un grand établissement urbain, alors qu’elle doit parfois desservir une population dispersée sur un vaste territoire.
Un service accessible à presque toute la population
Malgré ces difficultés, le réseau québécois demeure très étendu. On compte 1 031 bibliothèques publiques dans la province, et 96,7 % de la population a accès à un établissement dans sa municipalité. Par ailleurs, 34 % des Québécois sont abonnés à une bibliothèque publique.
Le portrait révèle également que 84 municipalités atteignent le cinquième et plus haut niveau du programme BiblioQUALITÉ, correspondant à l’excellence. Ces résultats démontrent que certains établissements réussissent à répondre aux objectifs, même si les défis demeurent importants à l’échelle du Québec.
Une semaine pour rappeler leur importance
La publication de ce portrait survient pendant la 28e Semaine des bibliothèques publiques du Québec, qui se déroule du 17 au 24 octobre. Sous le thème « Ma biblio : de tout, partout, pour tout le monde », les organisateurs souhaitent rappeler que les bibliothèques sont bien davantage que des endroits où emprunter des livres.
Elles permettent notamment d’accéder gratuitement à l’information, à des ressources numériques, à des activités éducatives et à différents services communautaires. Pour les personnes qui disposent de moyens financiers limités, elles représentent également une porte d’entrée importante vers la culture et le savoir.
Reste maintenant à savoir si les investissements des prochaines années permettront de faire progresser une note qui, après cinq éditions du portrait, demeure relativement faible.


