SHERBROOKE — La division du vote pourrait donner sa majorité à Paul St-Pierre Plamondon. L’effet Fréchette, qui s’est décomposé à la suite de deux débats désastreux et de déclarations à l’emporte-pièce — notamment lorsqu’elle a affirmé que PSPP et Charles Milliard n’avaient jamais gouverné —, a nui à ce que certains pensaient être la renaissance de la Coalition avenir Québec, sous le nouvel emballage de l’Équipe Christine Fréchette.
Un rempart contre le référendum?
La première ministre sortante et ses lieutenants, comme Bernard Drainville, le disent avec gravité : c’est nous, la stabilité, ou c’est le référendum. On croirait ces attaques sorties de la campagne de 2007, lorsque Jean Charest disait qu’un vote pour l’ADQ était un vote pour le PQ. Pourtant, nous sommes en 2026, et il faut croire que, pour certains conseillers politiques, c’est le genre de ligne qu’il faut tenir quand on est soi-même en difficulté.
Pourtant, rien n’a été annoncé pour renforcer l’autonomie du Québec, sinon demander poliment à Mark Carney que l’Union européenne accorde une place spéciale au Québec. On ne voit chez Christine Fréchette qu’une position de faiblesse, voire de soumission devant les libéraux à Ottawa. Certaines mauvaises langues prétendent même que Mark Carney est à la manœuvre et qu’il a choisi Christine Fréchette au détriment de Charles Milliard.
Or, si le référendum est loin dans l’ordre des priorités des Québécois, un gagnant se dessine à l’approche de la ligne d’arrivée. Il s’agit de Paul St-Pierre Plamondon, qui peut espérer obtenir, si son appui continue de monter, un gouvernement majoritaire.
Fréchette en mode panique
La première ministre, que les gens connaissaient peu avant le déclenchement de la campagne, est pour ainsi dire en mode panique. Celle-ci multiplie les attaques fondées sur des sources douteuses et va même à contre-courant de consensus sur la question constitutionnelle qui, jusqu’alors, faisaient peu débat.
Pensons à la notion d’intégrité territoriale du Québec. Tous les partis, pendant des décennies, ont voté à l’unanimité pour affirmer que le territoire du Québec ne pouvait être partitionné en cas de changement de statut, par exemple lors de l’accession à l’indépendance. La crainte étant que le gouvernement fédéral profite de l’alibi autochtone pour menacer d’amputer le Québec d’une partie de son territoire.
Or, si Québec solidaire s’est récemment inscrit en porte-à-faux avec ce consensus, au nom de l’autodétermination des peuples autochtones, on aurait pu s’attendre à mieux de la première ministre. Celle-ci est tout de même censée diriger un parti qui se dit autonomiste et de centre droit.
De plus, sa sortie sur la non-viabilité d’un Québec indépendant a de quoi faire sourciller les observateurs. Jean Charest et Philippe Couillard, parmi tant d’autres, n’ont jamais douté de la viabilité économique d’un Québec indépendant. La question portait surtout sur une possible instabilité au cours des premières années du nouvel État.
Christine Fréchette est ainsi allée plus loin que des politiciens pourtant associés au fédéralisme pur et dur.
Un espoir pour PSPP
Ces propos et cette panique font peser une menace sur la possibilité qu’aura la CAQ de sauver les meubles. Il est peu probable qu’elle gagne les élections, mais sauver les meubles demeure possible. La formation s’est toutefois positionnée comme étant encore plus « rouge » que les libéraux, ce qui peut amener les électeurs fédéralistes à se demander pour qui voter puisque la CAQ est en déconfiture.
Il est probable que le vote idéologique entre en ligne de compte. Que la droite économique de la grande région de Québec vote pour Éric Duhaime paraît maintenant tout à fait probable. Duhaime est probablement, avec PSPP, le grand gagnant de la campagne.
Charles Milliard, quant à lui, ira chercher les sièges qui reviennent de manière quasi naturelle aux libéraux à Montréal et à Laval. Reste alors la CAQ — ou devrions-nous dire l’Équipe Christine Fréchette —, qui tentera d’aller chercher des votes parmi les électeurs opposés à la tenue d’un référendum.
Cela ouvre un boulevard à PSPP : jamais l’opposition n’a été aussi divisée entre ces différents partis. Les indépendantistes iront voter en masse pour le Parti québécois. Même s’ils ne représentent que 30 % de la population, cela peut suffire pour obtenir une majorité dans notre système parlementaire britannique, notamment grâce à la division du vote entre les autres partis.
Notre système électoral est parfois décrié comme étant antidémocratique. Un pourcentage des voix n’équivaut pas nécessairement à une proportion équivalente de sièges. C’est pourquoi la gauche plus radicale, Québec solidaire par exemple, mais aussi les tiers partis de manière générale, tend à vouloir réformer le mode de scrutin.
Le système actuel favorise les partis dont les appuis sont bien répartis dans les régions et qui demeurent unis face à une opposition peut-être majoritaire dans l’ensemble, mais profondément divisée.
Nous sommes seulement le 22 septembre, mais tout est encore possible pour celui que l’on surnomme PSPP. On parie combien qu’il fera mieux que ce qu’annoncent les sondages? On en reparlera le 5 octobre.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

