SHERBROOKE — Depuis son élection en novembre dernier, Marie-Claude Bibeau voguait sur un long fleuve tranquille. Normal! Car celle qui l’a précédée avait tellement accumulé de haine et de frustrations contre elle qu’il ne pouvait en être autrement. La venue de l’ancienne ministre, une femme d’expérience en politique fédérale et en gestion, ne pouvait être perçue autrement que comme une bouffée d’air frais.
Mais la politique municipale ne ressemble en rien à la politique fédérale ou provinciale. Au palier municipal, vous n’avez pas de cabinet ni de bureau de comté soutenu par une armée de fonctionnaires qui fait barrage devant vous. Dans une ville comme Sherbrooke, vous êtes au contact direct des citoyens, dont certains peuvent se montrer très agressifs, voire carrément impolis et disgracieux.
Le premier véritable test de l’ère Bibeau
La semaine dernière, Mme Bibeau a dû faire face à son premier dossier épineux : le futur centre de données, qui suscite méfiance et crainte parmi une partie de la population. En effet, une pétition de 8 600 noms a été présentée lors de la dernière séance du conseil, une pétition rejetée du revers de la main par la mairesse sous prétexte que des gens peuvent la signer à plusieurs reprises.
En théorie, cette dernière n’a pas tort. Des pétitions gonflées, cela s’est déjà vu. Mais en politique, toute vérité n’est pas bonne à dire. Comment Mme Bibeau peut-elle savoir que la pétition est truquée? L’a-t-elle vue? L’a-t-elle fait examiner par son personnel? Dans tous les cas, il s’agit d’une erreur politique majeure, car son dédain pour cette démarche citoyenne va probablement engendrer une mobilisation de plus grande ampleur contre le centre de données dont elle s’est faite l’avocate.
On se souviendra du mépris de l’ancien maire Jean Perrault envers les opposants au plan d’urbanisme. Cela a conduit à l’ouverture d’un registre à l’hôtel de ville en vue de la tenue d’un référendum. À la fin de l’exercice, M. Perrault a subi la défaite la plus cinglante de sa carrière politique. À tel point qu’il a cru bon de ne pas se représenter.
Dans tous les cas, une telle opposition après une année de mandat peut s’avérer particulièrement néfaste pour l’administration Bibeau. Plus on avancera vers l’érection d’un centre de données, plus la population risque de se diviser entre les environnementalistes et les tenants d’un développement économique décomplexé.
Quoi qu’il en soit, la lune de miel est bel et bien terminée. 8 600 noms sur une pétition, ce sont 8 600 électeurs potentiels. Même Évelyne Beaudin n’a pas suscité autant d’opposition au cours de la première année de son mandat.
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.


