TORONTO — Une nouvelle étude réalisée dans la région du Grand Toronto révèle que 42 % des filtres de cigarettes identifiables recueillis dans des espaces publics ne respectaient pas les exigences canadiennes en matière d’étiquetage. Ces résultats, dévoilés le 14 octobre 2026, soulèvent des questions sur l’importance du marché illicite du tabac au Canada. Ils proviennent d’une recherche menée par l’organisme environnemental A Greener Future, en collaboration avec une initiative de Rothmans, Benson & Hedges, l’un des principaux fabricants de tabac au pays.
Près de 40 000 mégots examinés
Pour réaliser cette étude, des bénévoles d’A Greener Future ont participé à 34 activités de nettoyage organisées dans six endroits différents de la région du Grand Toronto. Les filtres de cigarettes récupérés ont ensuite été examinés afin de déterminer s’ils respectaient les exigences canadiennes en matière d’avertissements sanitaires. Au total, 38 476 filtres ont pu être identifiés, dont 42 % ont été classés comme non conformes.
Cette proportion représente environ 16 000 filtres qui ne présentaient pas les caractéristiques réglementaires recherchées. Les chercheurs ont notamment vérifié la présence des avertissements sanitaires exigés par Santé Canada sur le papier recouvrant les filtres. Cette méthode permet de recueillir des indices sur la circulation de produits potentiellement illégaux sans devoir interroger directement les consommateurs.
Des avertissements obligatoires sur chaque cigarette
Depuis 2023, le gouvernement fédéral a entrepris de renforcer les règles entourant l’étiquetage des produits du tabac, notamment en imposant des avertissements sanitaires directement sur les cigarettes individuelles. Ces exigences sont entrées progressivement en vigueur, d’abord pour les cigarettes de grand format en 2024, puis pour les cigarettes de format régulier en 2025. Le Canada est ainsi devenu le premier pays au monde à imposer de tels avertissements directement sur les cigarettes.
L’absence de ces inscriptions peut donc constituer un indice de non-conformité à la réglementation canadienne. Toutefois, il importe de distinguer les cigarettes non conformes des produits dont la provenance illégale a été formellement démontrée. Les résultats de cette étude ne permettent pas d’affirmer que 42 % des cigarettes consommées au Canada proviennent du marché noir, puisque les échantillons ont été recueillis dans certains lieux publics d’une seule région.
Un commerce illégal qui préoccupe les autorités
Le commerce illicite du tabac constitue depuis longtemps un problème pour les autorités canadiennes et québécoises. Il comprend notamment la vente de cigarettes dont les taxes applicables n’ont pas été acquittées, ainsi que la distribution de produits ne respectant pas certaines obligations légales. Cette activité peut entraîner des pertes fiscales pour les gouvernements et créer une concurrence déloyale envers les commerçants qui respectent la réglementation.
Au Québec, Revenu Québec mène régulièrement des enquêtes et des opérations visant les réseaux de contrebande. Le 24 février 2026, l’organisme annonçait notamment que neuf personnes avaient été reconnues coupables d’infractions liées au commerce illégal du tabac. Les contrevenants ont écopé d’amendes totalisant plus de 1,7 million de dollars, tandis que cinq d’entre eux ont également reçu des peines d’emprisonnement.
Les déchets de cigarettes deviennent des outils de recherche
Au-delà de la contrebande, cette recherche propose une nouvelle façon d’utiliser les déchets abandonnés dans l’environnement. Les mégots, habituellement considérés comme une source de pollution, peuvent également fournir des renseignements sur les produits consommés dans un secteur donné. Leur collecte pourrait ainsi contribuer à mieux comprendre certaines habitudes de consommation et à documenter la présence de produits non conformes.
Rochelle Byrne, directrice générale d’A Greener Future, souligne que les activités communautaires de nettoyage peuvent produire des données utiles à la recherche environnementale et à la santé publique. L’organisme souhaite notamment poursuivre l’analyse des déchets de cigarettes afin de mieux comprendre l’évolution du marché. Des activités de collecte réalisées dans plusieurs régions pourraient éventuellement permettre de comparer les résultats entre différentes collectivités.
Une étude soutenue par l’industrie du tabac
La recherche a été réalisée en collaboration avec Finilaboucane Canada, une initiative de Rothmans, Benson & Hedges, filiale de Philip Morris International. L’entreprise possède son siège social à Toronto et exploite notamment une usine à Québec. Son implication mérite d’être précisée, puisque les fabricants de cigarettes ont eux-mêmes des intérêts commerciaux dans la lutte contre les produits vendus en dehors des circuits réglementés.
Danny Fournier, responsable de la prévention du commerce illicite chez Rothmans, Benson & Hedges, considère que ces nouvelles données permettront d’obtenir un portrait plus complet du phénomène. L’entreprise soutient que des recherches supplémentaires pourraient contribuer à l’élaboration de meilleures stratégies contre la contrebande. Les conclusions détaillées de l’étude doivent être présentées du 14 au 16 octobre à l’Université métropolitaine de Toronto, dans le cadre d’une conférence de l’Institut canadien des inspecteurs en santé publique.
Des résultats qui devront être approfondis
Même si les résultats indiquent une présence importante de filtres non conformes dans les lieux étudiés, plusieurs questions demeurent. L’étude ne permet notamment pas de mesurer directement la part du marché illicite dans l’ensemble des ventes canadiennes ni de déterminer avec certitude la provenance de chaque cigarette. Des recherches réalisées dans d’autres provinces, dont le Québec, permettraient de vérifier si des tendances similaires peuvent être observées ailleurs au pays.
Ces observations illustrent néanmoins le potentiel d’une méthode de recherche relativement simple, fondée sur l’analyse des déchets recueillis dans les lieux publics. Elles rappellent également que le commerce du tabac ne se limite pas aux produits vendus légalement dans les dépanneurs et les commerces autorisés. Pour les autorités, l’enjeu consiste désormais à mieux documenter ce marché parallèle tout en poursuivant les efforts de lutte contre le tabagisme.
Sources :
- Rothmans, Benson & Hedges — Communiqué annonçant les résultats de l’étude, 14 octobre 2026
- Santé Canada — Réglementation sur l’apparence, l’emballage et l’étiquetage des produits du tabac
- Revenu Québec — Neuf condamnations et plus de 1,7 million de dollars d’amendes pour contrebande de tabac, 24 février 2026
- A Greener Future — Présentation du partenariat de recherche sur les mégots et le tabac illicite


