PIB par habitant : le Québec au 55e rang sur 60

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SHERBROOKE — Les provinces canadiennes accusent un retard marqué sur les États américains en matière de production économique par habitant, selon une étude de l’Institut Fraser publiée le 8 octobre. Sur les 60 territoires comparés, le Québec se classe au 55e rang, tandis que l’Alberta demeure la seule province à figurer dans la première moitié du classement. Les auteurs constatent aussi un recul relatif du Canada sur le plan des revenus d’emploi et de la productivité, des indicateurs qui influencent sa capacité à améliorer le niveau de vie.

Signée par Jake Fuss, Grady Munro et Joel Emes, l’étude compare les dix provinces canadiennes aux 50 États américains. Elle constitue le deuxième volet d’une série consacrée à la performance économique du Canada depuis le début du XXIe siècle. Les périodes étudiées varient selon les indicateurs : certaines comparaisons commencent en 1999, d’autres en 2007 ou en 2010, et se terminent en 2024.

Le Québec dans le bas du classement

Dans le graphique diffusé par l’Institut, le produit intérieur brut par habitant du Québec atteint 53 812 $, contre 59 276 $ en Ontario et 74 907 $ en Alberta. Ces montants sont présentés en dollars canadiens constants de 2017, une façon d’exprimer les valeurs en retirant l’effet de l’inflation. Ils correspondent à la production économique rapportée à la population et ne représentent donc ni un salaire moyen ni une somme dont dispose chaque citoyen.

Le Québec se situe ainsi environ 9 % sous l’Ontario et 28 % sous l’Alberta pour cet indicateur. Il devance le Manitoba et les trois provinces maritimes, mais seulement un État américain, le Mississippi. À l’autre extrémité du classement, l’État de New York arrive premier avec 111 528 $ par habitant, devant Washington et le Massachusetts.

ProvinceRang sur 60PIB par habitant en 2024
Alberta25e74 907 $
Saskatchewan35e70 921 $
Colombie-Britannique49e60 131 $
Ontario51e59 276 $
Terre-Neuve-et-Labrador52e59 155 $
Québec55e53 812 $
Manitoba56e52 480 $
Nouvelle-Écosse58e47 451 $
Île-du-Prince-Édouard59e47 199 $
Nouveau-Brunswick60e46 467 $

Montants en dollars canadiens constants de 2017, selon le graphique de l’Institut Fraser.

Même l’Alberta perd du terrain

Le retard canadien ne se limite pas aux provinces les moins bien classées. En 1999, l’Alberta occupait le septième rang parmi les provinces et les États comparés pour le PIB par habitant; elle se retrouve au 25e rang en 2024. Pendant cette période, le nombre de provinces figurant parmi les dix derniers territoires est passé de six à sept.

Cette baisse de classement traduit une détérioration de la position relative de l’Alberta face aux autres économies. Elle ne signifie pas, à elle seule, que son PIB par habitant a diminué : une province peut progresser tout en étant dépassée par des États qui croissent plus rapidement. Il faut donc distinguer l’évolution de la richesse produite et celle du rang occupé dans le tableau.

Les dix provinces derrière les États pour le revenu médian

La comparaison des revenus d’emploi donne un résultat encore plus défavorable aux provinces canadiennes. Selon le résumé de l’étude, elles occupent toutes les dix dernières places du classement en 2024 pour le revenu médian d’emploi. En 2010, huit provinces figuraient dans ce groupe, alors que l’Alberta se classait au 12e rang parmi les 60 territoires.

Le revenu médian correspond au point qui sépare la population mesurée en deux groupes égaux : une moitié reçoit moins, l’autre davantage. Il permet de mieux représenter le milieu de la distribution que la moyenne, qui peut être tirée vers le haut par des revenus très élevés. Les auteurs indiquent également que l’Alberta est le seul territoire comparé où ce revenu a diminué entre 2010 et 2024.

Ce classement ne signifie toutefois pas que chaque travailleur américain gagne davantage que chaque travailleur canadien. Le revenu d’emploi ne doit pas non plus être confondu avec le revenu disponible d’un ménage après impôts et transferts. Pour comparer les conditions matérielles des familles, il faut également tenir compte du coût du logement, des dépenses essentielles et des services auxquels elles ont accès.

La productivité au cœur du problème

L’étude relève un écart important dans la progression de la productivité du travail. Entre 2007 et 2024, 45 États américains ont enregistré une croissance de cet indicateur supérieure à celle de chacune des provinces canadiennes. L’Île-du-Prince-Édouard est le seul territoire des deux pays où la productivité a reculé pendant cette période, selon les auteurs.

La productivité mesure la production obtenue par heure travaillée. Son amélioration peut venir de meilleurs équipements, de nouvelles technologies, de la formation ou d’une organisation plus efficace du travail. Elle permet aux entreprises de produire davantage de valeur avec le temps de travail disponible, ce qui peut soutenir les salaires et la croissance.

Ce constat dépasse les travaux de l’Institut Fraser. Dans un discours prononcé en mars 2024, la première sous-gouverneure de la Banque du Canada, Carolyn Rogers, soulignait que la productivité canadienne représentait 71 % de celle des États-Unis en 2022, contre 88 % en 1984. Elle insistait notamment sur l’investissement, les compétences et la concurrence pour améliorer la situation.

Une place croissante de l’emploi public

Les chercheurs observent aussi que la part de l’emploi privé dans l’emploi total a diminué dans chacune des provinces entre 1999 et 2024. Selon leur analyse, l’emploi public a donc progressé plus rapidement que l’emploi privé sur cette période. Ils présentent cette évolution comme un autre élément du bilan économique canadien.

Une diminution de la part du privé ne signifie cependant pas nécessairement une diminution du nombre de personnes qui y travaillent. Les emplois privés peuvent augmenter tout en représentant une proportion plus faible du total si les emplois publics progressent davantage. Ce résultat ne démontre pas non plus, à lui seul, que la croissance de l’emploi public est la cause du retard économique observé.

Le PIB ne raconte pas toute la vie quotidienne

Le PIB par habitant demeure un indicateur utile pour comparer la capacité de production des économies. Il ne montre toutefois pas comment cette richesse est répartie entre les citoyens et ne constitue pas un bilan complet de leurs conditions de vie. L’Organisation de coopération et de développement économiques recommande d’ailleurs de compléter le PIB par des mesures portant notamment sur le logement, la santé, la sécurité et la qualité de l’emploi.

La comparaison entre provinces et États doit donc être lue avec ces distinctions en tête. Le revenu après impôts et transferts, les dépenses de santé assumées par les ménages et les écarts de coût de la vie peuvent modifier le portrait. L’expression des montants en dollars constants corrige l’effet de l’inflation, mais ne suffit pas, à elle seule, à établir ce qu’un ménage peut acheter dans chaque région.

Les auteurs concluent que les décideurs canadiens ont jusqu’ici gaspillé l’occasion de faire du XXIe siècle un « siècle canadien ». Cette conclusion constitue leur interprétation des résultats, plutôt qu’une démonstration que chaque politique publique a contribué au retard. Les comparaisons présentées soulèvent néanmoins une question concrète pour le Québec comme pour le reste du pays : comment accroître la richesse produite et faire en sorte que cette progression améliore les conditions de vie de la population?

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