SHERBROOKE — Le 5 août 2025 avait lieu le lancement officiel de Traumathys, le plus récent livre de David Goudreault, l’une des personnalités sherbrookoises les plus en vue.
Dans Traumathys, l’auteur raconte les péripéties de Mathys, un homme sans-abri qui fréquente une galerie de personnages colorés et attachants malgré les graves problèmes auxquels ils sont confrontés.
Les sujets abordés sont nombreux : le deuil, la drogue, l’itinérance, la prostitution, la cohabitation sociale, mais aussi la politique. Le livre est également émaillé de récits concernant des complots qui se sont révélés bien réels.
Pensons simplement à la famille Sackler, à l’origine de l’épidémie de surdoses d’opioïdes, ou encore à la création d’une police secrète sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau afin d’espionner le mouvement indépendantiste québécois.

Un événement qui a surpris tout le monde par son ampleur
Le lancement se tenait à la Biblairie GGC, qui organisait l’événement en collaboration avec la maison d’édition. Les organisateurs s’attendaient à recevoir quelques dizaines de personnes. Ce sont finalement plus de 250 lecteurs qui sont venus faire dédicacer leur exemplaire par David Goudreault.
La file s’étendait sur plusieurs dizaines de mètres, jusque dans le fond du magasin. Un succès inattendu pour l’éditrice, qui avait apporté quatre bouteilles de vin pour l’occasion.
David Goudreault a également accepté de nous accorder quelques minutes de son précieux temps pour répondre à nos questions.
David, je voulais savoir : selon toi, qu’est-ce que ça prend pour être un bon écrivain?
Je pense que, pour être un bon écrivain, il faut d’abord être un grand lecteur. Il faut lire beaucoup pour écrire un peu. On est toujours la somme de tout ce qui nous a influencés : les meilleurs livres qui nous ont inspirés, mais aussi les pires livres qui nous ont, d’une certaine façon, donné envie de faire autrement. Moi, je passe par la lecture pour écrire.
Je pense aussi qu’il faut se mettre en danger. Les livres intéressants sont ceux qui osent aller loin, qui osent provoquer et qui innovent à leur manière, avec leur propre voix.
Quelles sont tes principales références littéraires? Qui sont tes auteurs préférés?
J’ai énormément d’influences, que je reconnais et que je bénis, parce que, pour moi, un bon livre est un objet sacré.
Parmi les auteurs qui m’ont le plus marqué, je dirais Agota Kristof, Chuck Palahniuk et Romain Gary. Ce sont probablement mes trois principales influences internationales. Au Québec, François Blais m’a aussi beaucoup marqué.
J’aimerais revenir sur le contexte de ton roman Traumathys, qui parle notamment de la rue. Comment cette idée t’est-elle venue?
Je m’intéresse beaucoup à l’humain. Je suis travailleur social de formation, alors tout ce qui touche aux problématiques sociales m’interpelle.
Avec la crise de l’itinérance, j’avais envie de mieux comprendre ce phénomène. Je suis donc allé rencontrer de nombreux organismes communautaires, des intervenants et des personnes vivant dans la rue. J’ai visité des sites d’injection supervisée et des campements, notamment à Montréal.
J’ai fait un énorme travail de recherche parce que, d’abord, le sujet m’intéresse profondément et, ensuite, parce qu’il s’agit d’un univers particulièrement riche pour construire un roman.
À Sherbrooke, remarques-tu une différence depuis la pandémie en ce qui concerne l’itinérance?
Absolument. L’itinérance visible est en augmentation, et on sait qu’il y a beaucoup de pauvreté et de détresse à Sherbrooke. Les organismes communautaires sont débordés ici aussi.
Je suis très sensible à cette réalité et je suis convaincu que l’expertise du milieu communautaire est beaucoup trop peu reconnue.
Selon toi, est-ce que cela ne va pas à l’opposé de ce qui est couramment admis, notamment avec l’approche finlandaise du « logement d’abord »? C’est un peu comme la désinstitutionnalisation. À l’époque, on a fait sortir les gens des institutions en leur disant : « Sortez, on vous donnera une prescription et vous irez voir le médecin. » Cette démarche aurait dû être accompagnée de services qui, eux, ne sont jamais réellement arrivés.
D’ailleurs, je dénonce cette situation dans le roman. J’y parle de la désinstitutionnalisation, qui a été très mal menée. Je ne pense pas que la solution viendra d’en haut, à travers une décision uniforme qui ne tient pas compte de la réalité du terrain.
Oui, il faut du logement pour tout le monde, mais il faut surtout recréer du lien social entre les gens.
Une dernière question. As-tu un message pour les lecteurs, particulièrement les jeunes?
Soyez curieux. Lisez les livres les plus bizarres, les plus incongrus et les plus interdits possible. Il faut lire de tout pour se construire.
Merci beaucoup!
Merci à toi. Merci pour ta patience.
Une œuvre littéraire profondément profondément humaine
À travers Traumathys, David Goudreault ne se contente pas de raconter l’histoire d’un homme vivant dans la rue. Il donne une voix à des personnes trop souvent réduites à leurs difficultés et invite ses lecteurs à regarder au-delà des apparences.
Le succès rencontré lors du lancement montre que le public est encore profondément attaché aux œuvres capables de conjuguer littérature, regard social et proximité humaine. Durant quelques heures, la Biblairie GGC est devenue bien plus qu’un lieu de vente : un espace de rencontre entre un écrivain, ses lecteurs et une communauté attentive aux réalités qui l’entourent.
Et s’il fallait retenir une seule idée de cette soirée, ce serait peut-être celle formulée par David Goudreault lui-même : lire de tout, demeurer curieux et ne jamais cesser de se construire.


