SHERBROOKE — Des familles provenant des quatre coins du Québec se réuniront ce vendredi 16 octobre à Sherbrooke afin de rendre hommage aux personnes ayant fait don de leurs organes ou de leurs tissus humains. Organisée par Transplant Québec et Héma-Québec, la 33e cérémonie de reconnaissance des donneurs et donneuses se déroulera dès 9 h à la basilique-cathédrale Saint-Michel. L’événement vise à souligner la générosité de ces personnes, mais également le courage de leurs proches, dont la décision a permis de sauver des vies ou d’améliorer considérablement la santé de nombreux Québécois.
Une cérémonie empreinte de respect et d’émotion
Pour l’occasion, les familles seront accueillies par une imposante haie d’honneur composée de policiers municipaux, provinciaux et fédéraux, d’agents de la paix et d’ambulanciers paramédicaux. Plusieurs dignitaires assisteront également à cette cérémonie, notamment la lieutenante-gouverneure du Québec, Manon Jeannotte. Ce rassemblement constitue un moment de reconnaissance envers les personnes décédées ayant fait don de leurs organes ou de leurs tissus, ainsi qu’envers leurs proches.
Créée il y a 33 ans par l’Association canadienne des dons d’organes (ACDO), cette cérémonie a permis d’honorer des milliers de personnes au fil des décennies. L’association, qui a également contribué à l’organisation de l’édition de cette année, joue depuis longtemps un rôle dans la sensibilisation au don d’organes et de tissus. Sherbrooke occupe d’ailleurs une place particulière dans cette tradition, puisque la basilique-cathédrale Saint-Michel accueille régulièrement cette cérémonie de reconnaissance.
Pour la présidente-directrice générale de Transplant Québec, Martine Bouchard, cet événement permet de réunir des familles ayant vécu des épreuves douloureuses, mais dont les proches ont contribué à donner une seconde chance à d’autres personnes. Elle rappelle que derrière chaque transplantation se trouvent une histoire humaine et un geste de générosité exceptionnel. La cérémonie permet ainsi de reconnaître à la fois la perte vécue par les familles et l’espoir que ces dons représentent pour les receveurs.
Le don de tissus humains, une contribution encore méconnue
Si le don d’organes est généralement associé aux transplantations du cœur, des poumons, du foie ou des reins, le don de tissus humains demeure beaucoup moins connu du grand public. Pourtant, une seule personne peut contribuer à améliorer la qualité de vie de plus de 20 patients grâce au prélèvement de différents tissus. Les cornées peuvent notamment permettre de retrouver la vue, tandis que les greffes de peau sont utilisées dans le traitement des grands brûlés.
D’autres tissus, comme les valves cardiaques, les os, les tendons et certaines artères, peuvent également être prélevés pour répondre à des besoins médicaux particuliers. Ces greffes permettent notamment de réparer des blessures importantes, de remplacer des structures endommagées ou de traiter certaines maladies. Depuis 2024, Héma-Québec assure l’approvisionnement de l’ensemble des hôpitaux québécois en tissus humains destinés à la greffe.
La présidente et cheffe de la direction d’Héma-Québec, Nathalie Fagnan, estime que cette forme de don ne bénéficie toujours pas de la reconnaissance qu’elle mérite. Elle souligne que certaines interventions médicales seraient tout simplement impossibles sans la générosité des donneurs et donneuses. À ses yeux, la cérémonie de Sherbrooke représente donc une occasion privilégiée de remercier les familles pour leur contribution à la santé de nombreuses personnes.
Près de 900 Québécois toujours en attente d’un organe
Malgré les progrès réalisés en matière de transplantation, les besoins demeurent considérables au Québec. Selon les données de Transplant Québec, 196 donneurs d’organes ont été recensés en 2025, permettant à 491 personnes de recevoir une transplantation. Au 31 décembre de cette même année, 898 Québécois figuraient toujours sur la liste d’attente pour recevoir un organe.
Ces chiffres rappellent que, malgré la générosité des donneurs et les avancées de la médecine, les besoins dépassent toujours les possibilités de transplantation. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, tous les décès ne permettent pas nécessairement un don d’organes, puisque des conditions médicales précises doivent être respectées. Le don de tissus humains offre toutefois des possibilités supplémentaires, les prélèvements pouvant être effectués dans un plus grand nombre de circonstances.
L’importance de faire connaître ses volontés
Au Québec, il existe plusieurs façons de signifier son consentement au don d’organes et de tissus humains. Il est notamment possible de s’inscrire au registre de la Régie de l’assurance maladie du Québec, de signer l’autocollant prévu à cet effet au verso de sa carte d’assurance maladie ou de faire inscrire sa décision au registre de la Chambre des notaires du Québec. Transplant Québec rappelle également l’importance de discuter de ses volontés avec ses proches afin que ceux-ci puissent les connaître et les faire respecter le moment venu.
Au-delà des statistiques et des interventions médicales, la cérémonie de vendredi permettra surtout de rappeler les histoires humaines qui se trouvent derrière chaque don. Pour les familles endeuillées, il s’agit d’une occasion de constater que la disparition d’un être cher a parfois permis à d’autres de retrouver la santé, voire de continuer à vivre. Depuis maintenant plus de trois décennies, ce rassemblement à Sherbrooke témoigne ainsi de la reconnaissance envers celles et ceux qui ont choisi de transmettre la vie en héritage.


