Jacques Proulx, une vie à défendre la terre et les villages

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SAINT-CAMILLE — L’Estrie perd un homme qui aura consacré une grande partie de sa vie à faire entendre la voix des agriculteurs et des communautés rurales. La Fédération de l’UPA-Estrie a annoncé le décès de Jacques Proulx, qui l’a présidée de 1976 à 1981 avant de diriger l’Union des producteurs agricoles du Québec jusqu’en 1993. Originaire de Saint-Camille, ce producteur agricole aura porté les préoccupations de son milieu bien au-delà des frontières de sa région.

Dans son hommage, la Fédération souligne sa contribution exceptionnelle à l’organisation, à l’Estrie et au Québec. Elle rappelle son engagement envers les productrices et les producteurs agricoles, tout en offrant ses condoléances à sa famille et à ses proches. Derrière ces années de présidence se trouve aussi le parcours d’un homme pour qui l’avenir des fermes était intimement lié à celui des villages.

Un agriculteur profondément attaché à Saint-Camille

Né le 28 avril 1939 à Saint-Camille, Jacques Proulx appartenait à une longue lignée d’agriculteurs. Détenteur d’un diplôme en électronique, il choisit néanmoins de reprendre l’entreprise agricole familiale en 1960, puis de poursuivre sa formation en production et en gestion agricoles. Son parcours l’amène à pratiquer la production laitière ainsi que l’élevage, notamment celui des agneaux et des moutons.

Son engagement prend d’abord forme dans sa communauté, où il participe à différentes organisations locales. Pour lui, le développement rural passe par des citoyens capables de s’impliquer et de prendre en main leur milieu. Cette conviction l’accompagnera ensuite dans ses responsabilités syndicales, puis dans son action à l’échelle du Québec.

De l’UPA-Estrie à la présidence de l’Union

Jacques Proulx accède à la présidence de la Fédération de l’UPA-Estrie en 1976, une fonction qu’il occupe pendant cinq ans. En 1981, il devient le dixième président général de l’Union des producteurs agricoles, succédant à Pierre Gaudet. Il demeure à la tête de l’organisation pendant douze ans, jusqu’à l’arrivée de Laurent Pellerin en 1993.

Dans le portrait qu’elle lui consacre, l’UPA lui reconnaît un rôle important dans le renforcement de ses relations avec les décideurs politiques. Elle souligne également son ouverture envers les agricultrices et les productions moins traditionnelles. Son passage à la présidence contribue ainsi à élargir les préoccupations de l’Union, en accordant une place à la ruralité et aux enjeux environnementaux.

Défendre l’agriculture dans un monde qui change

Sa présidence se déroule à une époque où les négociations commerciales occupent une place grandissante dans les débats agricoles. Le libre-échange et les discussions du GATT, l’accord international ayant précédé l’Organisation mondiale du commerce, font partie des dossiers majeurs auxquels il est confronté. Ces négociations soulèvent une question centrale pour les producteurs : comment développer les marchés tout en protégeant les conditions nécessaires à la survie des fermes?

Jacques Proulx porte aussi ces préoccupations dans des instances canadiennes et internationales. Il occupe pendant six ans la première vice-présidence de la Fédération canadienne de l’agriculture et participe à un comité consultatif canadien sur le commerce international. Au Québec, il siège à la commission Bélanger-Campeau, chargée de réfléchir à l’avenir politique et constitutionnel du Québec.

Son engagement dépasse par ailleurs la défense des seuls producteurs québécois. Il contribue à la création d’UPA Développement international et en assume la présidence à ses débuts. Cette organisation soutient l’agriculture familiale, les regroupements agricoles démocratiques et les initiatives permettant aux producteurs de mieux organiser la commercialisation de leurs récoltes dans les pays en développement.

Faire entendre la voix des villages

L’une des contributions les plus marquantes de Jacques Proulx demeure son rôle dans les États généraux du monde rural de 1991. Alors président de l’UPA, il rassemble à Montréal quelque 1 200 leaders locaux, régionaux et nationaux pour réfléchir à l’avenir des campagnes québécoises. La démarche mène à une déclaration commune et à la création de Solidarité rurale du Québec.

Président fondateur de cet organisme, qu’il dirige de 1991 à 2008, il défend la revitalisation des villages et le maintien des services de proximité. L’hommage que lui a consacré l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue associe notamment cette mobilisation à l’obtention de la première Politique nationale de la ruralité. Sa formule, « tant vaut le village, tant vaut le pays! », résume cette conviction que la vitalité des petites communautés concerne l’ensemble du Québec.

Un engagement reconnu au-delà du milieu agricole

Le parcours de Jacques Proulx lui vaut plusieurs distinctions. Il est reçu commandeur de l’Ordre du mérite agricole en 1990, puis chevalier de l’Ordre national du Québec en 1995. Ces reconnaissances soulignent autant son travail de représentation que sa contribution à la réflexion sur l’avenir du monde rural.

Le 21 février 2014, à Amos, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue lui remet également un doctorat honorifique. L’établissement reconnaît alors son rôle dans les luttes menées pour redonner au monde rural sa place et sa capacité d’agir. À cette occasion, Jacques Proulx insiste encore sur l’importance de l’implication citoyenne dans le développement des communautés.

L’UPA-Estrie, une mission qui se poursuit

L’hommage de la Fédération de l’UPA-Estrie rappelle aussi la mission de l’organisation qu’il a dirigée. Celle-ci travaille à améliorer durablement la qualité de vie des producteurs agricoles et forestiers de la région en défendant leurs intérêts professionnels, économiques et sociaux. Elle regroupe les syndicats affiliés et coordonne leurs actions avec celles de l’Union provinciale.

Selon les chiffres affichés sur son site, la Fédération représente 4 942 producteurs agricoles et plus de 2 775 fermes. Sa structure comprend sept syndicats locaux et neuf syndicats spécialisés, avec l’engagement de 229 élus dans ses différentes instances. Les syndicats locaux portent les dossiers communs aux producteurs, tandis que les syndicats spécialisés interviennent notamment dans le développement des productions et la mise en marché.

Cette dernière expression désigne les mécanismes qui permettent d’organiser la vente des produits agricoles. En regroupant leurs efforts, les producteurs peuvent négocier collectivement certaines conditions de commercialisation plutôt que de devoir agir chacun de leur côté. Cette action collective constitue l’un des principes sur lesquels repose le travail syndical agricole.

Protéger les fermes et accompagner ceux qui en vivent

La mission de l’UPA-Estrie comprend la protection des terres et des activités agricoles, l’accès à la profession pour la relève et la recherche d’une rémunération juste. Elle vise également la formation, la sécurité sur les fermes et le développement d’une agriculture durable. L’organisation défend un modèle permettant de maintenir de nombreuses entreprises sur le territoire et d’assurer aux familles agricoles un niveau de vie comparable à celui du reste de la société.

Cet accompagnement prend aussi des formes très concrètes. Son Centre d’emploi agricole aide les entreprises à recruter des travailleurs, à planifier leurs besoins et à intégrer leurs employés. Il offre également du soutien en gestion des ressources humaines, en formation et en santé et sécurité du travail.

Sur le plan environnemental, le programme ALUS Estrie soutient les producteurs qui établissent et entretiennent des aménagements favorables à la biodiversité et à la résilience climatique. Il prévoit notamment une rétribution annuelle pour les superficies consacrées aux projets retenus, ainsi qu’un suivi des aménagements. Cette démarche reconnaît la contribution que peuvent apporter les fermes à la protection des milieux naturels.

Une longue histoire de mobilisation en Estrie

Jacques Proulx s’inscrivait dans une tradition syndicale déjà bien enracinée dans la région. Dès octobre 1924, Saint-Edmond-de-Coaticook voit naître le premier cercle paroissial de l’Union catholique des cultivateurs au Québec, l’organisation qui précède l’UPA. En septembre 1932, quelque 500 agriculteurs participent au premier congrès diocésain de l’UCC de Sherbrooke.

Au fil des décennies, cette mobilisation se traduit par des représentations politiques, mais aussi par des interventions sur le terrain. Après le verglas de 1998, la Fédération embauche ainsi plus de 650 travailleurs dans le cadre d’un programme d’aide pour soutenir les érablières touchées. Elle participe également à des démarches de prévention des accidents et de développement agricole avec les acteurs régionaux.

En saluant Jacques Proulx, l’UPA-Estrie rend donc hommage à un ancien président, mais aussi à une certaine conception de l’engagement. Son parcours reliait le travail de la terre, la défense des familles agricoles et la volonté de garder les villages vivants. C’est cet héritage que la Fédération souhaite aujourd’hui rappeler à sa communauté.

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