Le Jour de la Nuit : Sherbrooke invite la population à retrouver ses étoiles

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SHERBROOKE — On remarque facilement les étoiles qui disparaissent derrière la lumière des villes. On pense moins aux animaux, aux végétaux et à notre propre sommeil, qui peuvent aussi subir les effets d’un éclairage nocturne excessif. Le samedi 10 octobre, le Jour de la Nuit proposera aux Sherbrookois de découvrir ces enjeux en observant le ciel et en parcourant le parc du Mont-Bellevue après la tombée du jour.

Jointe par téléphone par le Journal de Sherbrooke, Johanne Roby, professeure de chimie et chercheuse en pollution lumineuse au Cégep de Sherbrooke, explique que cette rencontre vise à faire connaître autant la beauté du ciel étoilé que l’importance de préserver l’obscurité. Le groupe de recherche du Cégep organise les activités locales avec le Club des astronomes amateurs de Sherbrooke, la Ville et la Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic. Leur objectif est de permettre au public de mieux comprendre les conséquences de nos habitudes d’éclairage, tout en passant une soirée dehors.

Deux sites pour observer le Soleil et les étoiles

Au parc du Mont-Bellevue, les activités se dérouleront au stationnement Dunant, de 16 h à 23 h. Une observation du Soleil, avec des instruments adaptés et un encadrement approprié, sera proposée en fin d’après-midi, de 16 h à 18 h selon les précisions données en entrevue. L’observation du ciel nocturne prendra ensuite le relais de 19 h à 23 h.

Johanne Roby indique qu’environ dix ou onze télescopes devraient être réunis pour la soirée au Mont-Bellevue. Des membres du Club des astronomes amateurs accompagneront les visiteurs pour leur présenter les instruments et les aider à observer les astres. Cette présence permettra aussi aux personnes qui connaissent peu l’astronomie de poser leurs questions et de s’initier à l’observation.

Un deuxième lieu d’animation sera aménagé au lac des Nations, dans le secteur du Marché de la Gare, de 15 h à 23 h. La programmation comprend l’observation du Soleil en après-midi, puis du ciel au télescope en soirée, ainsi qu’un atelier de fabrication de cherche-étoiles à rapporter à la maison. Des activités de sensibilisation permettront également de découvrir la faune nocturne et de mieux comprendre l’éclairage extérieur.

Selon Mme Roby, une extinction de lumières est prévue autour du site d’activité au lac des Nations pour favoriser l’observation. Les organisateurs invitent les participants à apporter une chaise et une couverture. Les observations astronomiques dépendront des conditions météorologiques, et la programmation officielle précise que les activités seront annulées en cas de pluie.

Marcher dans le parc pour comprendre la nuit

Deux départs de randonnées nocturnes sont prévus au Mont-Bellevue, à 19 h 30 et à 21 h. Les participants emprunteront la boucle de l’Oasis de nuit étoilée, où plusieurs arrêts permettront d’aborder l’astronomie et les effets de la pollution lumineuse. La promenade donnera ainsi l’occasion de découvrir le parc sous un autre angle.

D’après les explications de la chercheuse, les animations porteront notamment sur les animaux nocturnes présents dans le parc et sur les conséquences de la lumière artificielle pour leur milieu de vie. Une autre station sera consacrée au ciel étoilé, tandis qu’un arrêt près de la croix permettra de parler des sources de pollution lumineuse et de leurs effets sur la santé humaine. Un kiosque au stationnement complétera ces échanges pendant la soirée.

Le choix du Mont-Bellevue s’inscrit dans une démarche qui dépasse cet événement. Le parc a obtenu en septembre 2022 la certification internationale Urban Night Sky Place, qui reconnaît les efforts de protection du ciel nocturne en milieu urbain. L’Oasis de nuit étoilée constitue à la fois un projet de recherche, un lieu de sensibilisation et un exemple local de pratiques d’éclairage à améliorer.

Une diminution d’environ 25 % rapportée dans le parc

Interrogée sur les résultats des interventions réalisées au Mont-Bellevue, Johanne Roby rapporte une diminution d’environ 25 % de la pollution lumineuse à l’intérieur du parc. Elle associe cette amélioration aux actions menées pour réduire l’éclairage qui atteint ce milieu naturel, notamment la conversion de lampadaires dans les secteurs environnants. Ce résultat concerne le parc et ne constitue pas un bilan pour l’ensemble de Sherbrooke.

La chercheuse explique que les étudiants participent directement au suivi du projet. Ils prennent des mesures sur le terrain et contribuent à la cartographie de la pollution lumineuse, ce qui permet de documenter les conditions nocturnes. Leur participation relie ainsi l’apprentissage scientifique à des interventions concrètes dans leur ville.

Mme Roby travaille sur cette problématique depuis une quinzaine d’années, au sein d’un groupe de recherche qui existe depuis plus de vingt ans, précise-t-elle. Les étudiants sont intégrés aux projets et aux activités de sensibilisation. Pour le public, la soirée sera donc aussi l’occasion de rencontrer des personnes qui étudient la nuit et cherchent des moyens de mieux la protéger.

Des effets qui dépassent la disparition des étoiles

Pendant l’entretien, Johanne Roby insiste sur la rapidité avec laquelle l’éclairage artificiel a transformé les milieux de vie. Les organismes vivants suivent des rythmes liés à l’alternance du jour et de la nuit, alors que nos luminaires peuvent prolonger artificiellement les périodes de clarté. « On est en train de déséquilibrer, de désynchroniser tous les cycles naturels », souligne-t-elle.

Chez les animaux, ces changements peuvent toucher les déplacements, l’alimentation, le repos et les interactions entre prédateurs et proies. La chercheuse donne l’exemple des insectes attirés par les lampadaires, qui peuvent s’épuiser ou mourir autour des sources lumineuses. Elle évoque aussi les oiseaux migrateurs, dont l’orientation peut être perturbée par les lumières des villes, avec un risque accru de collisions contre des bâtiments.

Les réactions varient toutefois selon les espèces et les caractéristiques de l’éclairage. Une lumière peut attirer certains animaux et en éloigner d’autres, ce qui modifie leur utilisation d’un habitat. Préserver des secteurs sombres contribue donc à maintenir des conditions de vie adaptées à la faune nocturne.

Les végétaux sont également sensibles aux signaux lumineux qui rythment les jours et les saisons. Un éclairage nocturne peut modifier leur développement et le calendrier de certains phénomènes, comme l’apparition des bourgeons ou la chute des feuilles. Les effets peuvent aussi être indirects, lorsque la lumière perturbe les insectes qui participent à la pollinisation.

La lumière nocturne touche aussi notre sommeil

Johanne Roby rappelle que l’être humain possède lui aussi une horloge biologique réglée en partie par la lumière. Une exposition lumineuse le soir ou la nuit, particulièrement lorsqu’elle est riche en bleu, peut réduire la sécrétion de mélatonine, une hormone qui signale à l’organisme que la nuit est arrivée. Cela peut perturber les rythmes de sommeil et d’éveil.

La chercheuse distingue les besoins du matin de ceux du soir. La lumière contribue à l’éveil durant la journée, mais une exposition au mauvais moment peut retarder les signaux associés au repos. L’intensité, la durée et le moment de l’exposition comptent donc dans les effets sur l’horloge biologique.

Mieux choisir où, quand et comment éclairer

Pour réduire la pollution lumineuse, Mme Roby présente quatre éléments à considérer : l’orientation, la couleur, l’intensité et la durée de l’éclairage. Une source dirigée vers le bas permet d’éclairer l’endroit voulu tout en limitant la lumière envoyée vers le ciel ou les habitats voisins. Une intensité adaptée aux besoins et une teinte contenant moins de bleu peuvent aussi réduire les impacts.

La chercheuse cite notamment l’utilisation de détecteurs de mouvement, la diminution de l’intensité et l’extinction des luminaires lorsque leur fonctionnement n’est plus nécessaire. Elle souligne l’engagement de Sherbrooke dans cette démarche, visible entre autres dans l’utilisation de lumières ambrées. La ville fait partie de la Réserve internationale de ciel étoilé du Mont-Mégantic, certifiée en 2007.

L’éclairage privé fait également partie du travail de sensibilisation. L’équipe a développé une ampoule appelée Oasis et travaille à un quartier d’intégrité nocturne près du parc pour montrer des pratiques adaptées aux résidences. Selon Mme Roby, les stocks d’ampoules étaient épuisés au moment de l’entretien, ce qui rappelle aussi les difficultés pratiques que peut rencontrer la mise en œuvre de telles solutions.

Une invitation à prolonger les gestes après le 10 octobre

Le Jour de la Nuit est une initiative née en France, coordonnée par Agir pour l’environnement, à laquelle le Québec participe pour une troisième année consécutive. Elle invite la population à découvrir la nuit et à éteindre les éclairages extérieurs non essentiels le 10 octobre. À Sherbrooke, les observations et les randonnées donneront une forme concrète à cette invitation.

Pour Johanne Roby, la sensibilisation doit ensuite se traduire dans les habitudes quotidiennes. Sa mission, explique-t-elle, consiste à encourager la population à adopter de meilleures pratiques d’éclairage pour protéger la nuit et les organismes qui en dépendent. La soirée permettra de prendre le temps de regarder le ciel, mais aussi de réfléchir aux lumières que l’on garde allumées autour de chez soi.

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