Déclarations d’Elon Musk : les paris sont ouverts sur l’avenir du Québec

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SHERBROOKE — Le Québec est de retour sur la scène internationale depuis l’élection de Paul St-Pierre Plamondon et du Parti québécois. Aujourd’hui, un séisme a secoué X, en raison d’un pari publié par Polymarket à savoir si le Québec sera un pays, et auquel Elon Musk lui-même, l’homme le plus riche du monde, a répondu : « Good. Quebec should separate. » Que cela signifie-t-il pour le futur du Québec ? Est-ce que l’on assiste à un mouvement réel qui mènera le Québec à devenir un pays ? Ou bien n’est-ce qu’un feu de paille ?

Un Québec fort dans un Canada fort ? Ça a déjà été essayé

La déconfiture de la Coalition avenir Québec — ou devrions-nous dire de l’équipe Christine Fréchette — aux dernières élections a démontré une chose : ce parti n’était qu’un moment de transition dans notre histoire. À l’époque, la CAQ, telle qu’elle était présentée, était censée être une coalition de souverainistes réalistes et de fédéralistes déçus, qui souhaitaient mettre de côté la question constitutionnelle pour s’attaquer davantage aux problèmes pressants : le temps d’attente dans les urgences, le décrochage scolaire, la faible productivité du Québec par rapport à ses concurrents nord-américains et internationaux.

Mais ce parti, qui existe depuis le début des années 2010, a bénéficié de huit longues années au pouvoir. Et ce, avec de confortables majorités. Et qu’est-ce que le parti a fait ? Des lois qui ont du mordant en matière de langue et de laïcité, mais un bilan très controversé en santé et en éducation, et surtout aucun gain pour le Québec dans le Canada.

La troisième voie autonomiste était un mirage. Et le Parti québécois a fini par enterrer cette option.

Le retour d’un débat non tranché

Les libéraux ont obtenu leur meilleur résultat en une décennie, grâce à une véritable vague rouge en Montérégie. Les électeurs fédéralistes, pour qui le Canada est vraiment important, ont décidé de serrer les rangs et de voter pour Charles Milliard. Bien sûr, il y a la question démographique qui entre en compte.

Mais on voit que désormais, dans un avenir proche, se jouera peut-être la dernière partie entre les mouvements souverainistes et fédéralistes. La CAQ aura été incapable d’amener le débat ailleurs. Et les vieilles habitudes ont la vie dure, puisque la question de l’avenir du Québec n’a jamais été tranchée de manière définitive.

Le Parti québécois, qui, en 2022, était annoncé comme mort par tous les commentateurs politiques, a désormais un gouvernement minoritaire. Qui aurait cru cela possible en seulement quelques années ?

D’où l’importance de ne pas sous-estimer le futur camp du oui qui se formera au cours des prochaines années.

Un contexte mondial qui change la donne

Le Canada, en 1995, était un pays respecté pour son image de marque : celle d’un pays progressiste, développé, parmi les plus riches du monde. Mais depuis le départ de Stephen Harper en 2015, le Canada a connu un déclin marqué. Plusieurs pays n’accordent plus une confiance aveugle au pays de la feuille d’érable. Les États-Unis en premier.

Si, bien sûr, les tarifs sont condamnables, il demeure néanmoins que certains griefs adressés par l’administration Trump au Canada ne sont pas totalement dénués de fondement. Pensons seulement à l’infiltration du Canada, y compris de ses institutions stratégiques, par la Chine. Mais aussi à une frontière poreuse, peu surveillée. Non pas en raison du manque de moyens techniques, mais davantage pour des raisons idéologiques.

Dans un tel contexte, faut-il se surprendre que ce pays, en déclin constant dans les classements internationaux depuis une vingtaine d’années, ne fasse plus autant rêver que jadis ? Déjà, des dizaines de milliers de Canadiens formés et compétents sont partis ailleurs. Et les immigrants le disent eux-mêmes : ne venez pas au Canada, c’est bien compliqué comme ça !

C’est de bonne guerre, dans ce contexte, qu’Elon Musk affirme que le Québec, l’Alberta et la Saskatchewan devraient se séparer. Non pas que Musk ait raison sur tout, mais il doit voir, mieux que bien des commentateurs politiques, les dynamiques à l’œuvre dans la géopolitique mondiale. Et que le Canada finira un jour par se séparer en différents blocs.

Il serait vain de croire que le Canada n’est pas déjà, en réalité, plusieurs pays, plusieurs peuples et nations ayant des intérêts divergents, mais qui cohabitent de gré ou de force dans un ensemble où ces gens n’ont plus grand-chose à se dire entre eux. Comme le disait l’ancien chef libéral Michael Ignatieff : « Le problème, c’est que nous n’avons plus rien à nous dire l’un à l’autre, il y a une sorte de contrat d’indifférence mutuelle. […] Maintenant, en réalité, nous sommes presque deux pays distincts, et ce, même si le Québec n’est pas indépendant. »

On parie combien que l’on se retrouvera d’ici 2030 en pleine campagne référendaire ? Les paris sont ouverts, et pas que sur Polymarket.

Note éditoriale : Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.

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