SHERBROOKE — Aujourd’hui, j’ai dû faire le plein de ma voiture, une Jetta TDI 2014 qui fonctionne au diesel. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Quoique. Ça m’a coûté 100 $ pour en faire presque le plein, mais pas au complet. Qu’est-ce que ce genre de situation, qui touche tant de familles où les parents travaillent sur la route, amènent leurs enfants à la garderie, vont faire les courses, dit de notre époque ? Beaucoup de choses.
La géopolitique mondiale nous rattrape
On se croit, parfois au Québec, à l’abri des aléas de la géopolitique mondiale. Gaza, c’est loin. De même que l’Iran, l’Ukraine ou Taïwan. Pourtant, toutes ces zones de tension ont en commun une chose : lorsqu’une partie de la chaîne d’approvisionnement est perturbée, c’est l’ensemble du système qui est touché.
Nous avons atteint un tel niveau d’interconnexion, de dépendance à l’étranger, que les conflits à l’étranger nous touchent quotidiennement au porte-monnaie. Récemment, la Russie a vu nombre de ses raffineries attaquées par l’Ukraine, qui souhaite rendre le coût de la guerre impossible à assumer pour Moscou.
Aux États-Unis, Donald Trump ne sait plus où donner de la tête, en voyant que son plan, qui consistait à renverser la République islamique d’Iran pour la remplacer par le prince Reza Pahlavi, a lamentablement échoué. Le régime iranien est plus fort que jamais et fait peser une pression jamais vue depuis le choc pétrolier de 1973, lorsque les pays arabes producteurs de pétrole ont décidé d’un embargo en protestation contre l’appui occidental à Israël lors de la guerre du Kippour.
Nous revivons ces crises, mais en pire. Car à l’époque, une bonne partie de notre production était nationale. On fabriquait encore à l’époque de l’électronique, des médicaments, des produits industriels, des machines. Mais depuis que ces usines ont progressivement quitté nos pays pour s’installer en Asie, nous sommes dépendants des aléas de la stabilité mondiale.
La tempête se prépare
Le diesel, qui est produit majoritairement par la Russie, est en pénurie. Pour nous, au Québec, nous y avons toujours accès, étant dans un pays riche capable de payer, comparativement à des pays plus pauvres. Mais pour combien de temps ? Le prix du litre de diesel est autour de 3 $. Du jamais vu. Et en Europe, c’est un prix similaire, mais en euros. Ce qui est encore pire.
Le diesel est nécessaire pour alimenter les camions. Pour l’agriculture et sa machinerie. Mais aussi pour la production d’engrais. Il serait utopique de croire que les prix n’augmenteront pas au cours des prochains mois. Déjà, nombre de petits commerçants doivent refiler une partie de la facture aux consommateurs.
Et il est fort probable que l’inflation, qui pèse sur le niveau de vie des familles, augmente davantage. Or, nous sommes en plein contexte de stagnation économique, voire de déclin. Des milliers d’emplois ont été perdus au Québec.
Imaginez un entrepreneur qui doit mettre du diesel dans son camion. C’est un poste de dépenses qui a augmenté de plusieurs centaines de dollars par mois. Et les clients, quant à eux, achètent moins. Les gens comparent plus, hésitent ou reportent des dépenses dans un futur incertain.
La crise sera difficile. Rien n’indique pour le moment une résolution des conflits en Europe de l’Est et au Moyen-Orient. Pourtant, nous avons tous à y perdre. Sauf peut-être quelques mégaentreprises qui profitent du chaos. Et après, on dira que ces conflits sont lointains, qu’ils ne nous concernent pas. Et pourtant…
Note éditoriale: Ce texte est une chronique d’opinion. Les propos et analyses présentés sont ceux de l’auteur et n’engagent pas le Journal de Sherbrooke.


