QUÉBEC — La Couronne tient solidement dans la Constitution canadienne, même si elle semble beaucoup moins bien accrochée dans le cœur des Québécois. La section québécoise de la Ligue monarchiste du Canada dénonce la volonté de Paul St-Pierre Plamondon d’abolir le poste de lieutenant-gouverneur et de lui retirer son financement. Dans une publication Facebook, l’organisation accuse le chef péquiste de mépriser l’ordre constitutionnel canadien et rappelle que Québec ne peut pas supprimer cette fonction à lui seul.
Une Couronne qui manque de sujets enthousiastes
Les défenseurs de la monarchie doivent composer avec une opinion publique québécoise largement défavorable à son maintien. Selon un sondage de l’Institut Angus Reid réalisé du 24 au 26 février 2026, 65 % des répondants québécois estiment que le Canada ne devrait pas demeurer une monarchie constitutionnelle pour les générations à venir. Seulement 17 % souhaitent qu’il le demeure, tandis que 19 % sont indécis, les résultats étant arrondis.
Ce sondage a été mené en ligne auprès de 1 607 adultes au Canada, dont 388 au Québec. À l’échelle canadienne, l’opposition au maintien de la monarchie atteint plutôt 47 %, contre 29 % en faveur. Le Québec se distingue donc par un rejet nettement plus prononcé de l’institution.
Un sondage Léger/Québecor, dont le rapport est accessible directement sur le site de Léger, allait également dans ce sens en mai 2025. Parmi les 1 011 Québécois interrogés, 52 % auraient voté pour mettre fin au lien avec la monarchie britannique et faire du Canada une république, contre 21 % pour son maintien. Par ailleurs, 87 % affirmaient ne pas être personnellement attachés à la monarchie, contre seulement 7 % qui l’étaient. L’absence d’attachement et l’appui à l’abolition sont toutefois deux questions différentes.
Mais à quoi sert le lieutenant-gouverneur?
On pourrait croire que la fonction consiste surtout à remettre des médailles et à participer à des cérémonies. Elle comporte pourtant un rôle dans le fonctionnement de l’État : le lieutenant-gouverneur représente le souverain dans la province et accorde la sanction royale aux projets de loi adoptés par les députés. Cette étape permet à un projet de loi de devenir une loi.
Le Canada compte dix lieutenants-gouverneurs, soit un par province. Ils participent notamment à l’assermentation des gouvernements provinciaux et à l’ouverture des sessions parlementaires. Leurs interventions suivent normalement l’avis du gouvernement : Charles III ne choisit donc pas le contenu des lois québécoises depuis son salon.
Une institution qu’on ne supprime pas avec des ciseaux budgétaires
La Ligue monarchiste soulève un véritable obstacle constitutionnel. L’article 41 de la Loi constitutionnelle de 1982 protège notamment la charge de lieutenant-gouverneur et soumet sa modification à la procédure d’unanimité. Québec ne peut donc pas abolir cette fonction par une simple loi provinciale.
Cette procédure exige notamment l’accord de la Chambre des communes et des assemblées législatives des dix provinces. Le Sénat y participe également, bien que l’article 47 permette, sous certaines conditions, de passer outre à son absence d’autorisation après 180 jours. Couper un budget et abolir légalement une fonction sont donc deux opérations différentes.
Impopulaire, mais bien installée
Le débat oppose ainsi une volonté politique de rupture à une institution solidement protégée. Les sondages montrent qu’une majorité de Québécois souhaite tourner la page de la monarchie, mais ils ne prouvent pas un appui à chaque moyen proposé pour y parvenir. La Ligue défend les règles actuelles; ses adversaires souhaitent les changer.
Reste une question très concrète soulevée dans sa publication : qui sanctionnerait les lois si le poste disparaissait? Une réforme devrait prévoir le fonctionnement des institutions qui prendraient le relais. Avant de ranger la Couronne au grenier, il faudrait donc s’entendre sur les clés de la maison.
Sources :
- Ligue monarchiste du Canada-Québec — publication Facebook transmise au Journal.
- Institut Angus Reid — sondage de février 2026 et méthodologie.
- Institut Angus Reid — résultats détaillés par province, publiés le 9 mars 2026.
- Sondage Léger/Québecor — rapport détaillé sur la monarchie, mai 2025.
- Patrimoine canadien — fonctions des lieutenants-gouverneurs.
- Ministère de la Justice du Canada — Lois constitutionnelles, articles 41, 45 et 47.

