Au Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine, notre passé a encore beaucoup à raconter

Partagez

SHERBROOKE — Une boîte d’archives peut contenir des documents administratifs, des photographies ou la trace d’une vie entière. Parfois, elle réserve aussi une surprise : en ouvrant une boîte à bijoux, l’équipe du Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine y a découvert… un dentier. L’anecdote fait sourire, mais elle rappelle une réalité familière aux archivistes : avant de devenir des pièces d’histoire, les objets et les papiers ont appartenu à des gens.

Installé dans l’ancien chœur de la chapelle Pauline, au cœur de Sherbrooke, le Centre conserve les archives du Séminaire et de l’Archidiocèse de Sherbrooke. Sa directrice-archiviste, Cassandra Fortin, et son équipe de deux personnes s’emploient à protéger ces documents, à les classer et, surtout, à les rendre accessibles. Derrière leur travail se dessine une histoire qui dépasse largement celle des institutions religieuses : celle des élèves, des familles, des paroisses et des œuvres sociales qui ont marqué la région.

IMAGE GRACIEUSETÉ / CASSANDRA FORTIN / CENTRE D’ARCHIVES MGR-ANTOINE-RACINE

Une rencontre entre deux fonds d’archives

Le Centre est né en 2009 de la volonté de réunir les ressources de deux services d’archives : celui du Séminaire de Sherbrooke, créé en 1976, et celui de l’Archidiocèse, établi en 1992. L’organisme portait alors le nom de Regroupement des archives du Séminaire et de l’Archidiocèse de Sherbrooke, ou RASSAS. La mise en commun devait assurer une meilleure conservation des collections et permettre d’obtenir l’agrément de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, accordé le 20 mars 2009.

Le choix de Sherbrooke allait de soi : les deux ensembles d’archives se trouvaient déjà au centre-ville, auprès des institutions qui les avaient constitués. Restait à trouver un lieu capable d’accueillir les collections et de donner au nouvel organisme l’espace nécessaire pour grandir. L’ancien chœur de la chapelle Pauline, dans la cathédrale Saint-Michel, a finalement été retenu. Les locaux ont été inaugurés en décembre 2016 et ouverts au public le mois suivant; l’organisme a adopté officiellement le nom de Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine en 2018.

IMAGE GRACIEUSETÉ / CASSANDRA FORTIN / CENTRE D’ARCHIVES MGR-ANTOINE-RACINE

Une chapelle qui accueille de nouvelles histoires

Le lieu mérite à lui seul une visite. Le Centre occupe le chœur et l’une des sacristies de la chapelle Pauline, qui a servi de cathédrale pendant près de 40 ans. Là où se déroulaient autrefois des cérémonies religieuses, des visiteurs viennent aujourd’hui consulter des documents, découvrir des expositions ou simplement comprendre l’histoire du bâtiment. La restauration et la nouvelle vocation de la chapelle ont reçu, en 2017, un prix d’excellence du Conseil du patrimoine religieux du Québec dans la catégorie Réutilisation.

Ce décor donne une présence particulière aux archives, mais leur valeur ne tient pas qu’à la beauté des lieux. Les collections témoignent de la vie diocésaine depuis la création du diocèse de Sherbrooke en 1874, de celle des paroisses et des communautés religieuses, ainsi que de l’histoire d’institutions privées qui ont formé des générations de filles et de garçons. On y retrouve aussi les traces de personnes et d’organismes engagés dans les œuvres sociales. Ces documents aident à comprendre ce que les institutions ont fait, mais aussi la place qu’elles ont occupée dans la vie quotidienne de la région.

IMAGE GRACIEUSETÉ / CASSANDRA FORTIN / CENTRE D’ARCHIVES MGR-ANTOINE-RACINE

Faire une place à ceux qui cherchent

Pousser la porte d’un centre d’archives peut intimider lorsqu’on ne sait pas par où commencer. L’équipe accompagne les chercheurs dans leurs démarches et oriente les personnes dont la demande trouverait une meilleure réponse ailleurs. Étudiants, professeurs, anciens du Séminaire, passionnés de généalogie ou citoyens curieux peuvent ainsi venir avec une question, même sans connaître les méthodes de recherche archivistique.

Le Centre accueille également des visiteurs pour leur présenter ses locaux, son histoire et son travail. Depuis 2017, il a proposé six expositions sur place, deux expositions virtuelles et un blogue. Ces initiatives répondent à l’un de ses principaux défis : faire connaître ses collections au-delà des personnes qui fréquentent déjà les services d’archives. Pour l’équipe, préserver un document prend tout son sens lorsqu’il peut aussi être découvert, étudié et mis en relation avec les questions d’aujourd’hui.

IMAGE GRACIEUSETÉ / CASSANDRA FORTIN / CENTRE D’ARCHIVES MGR-ANTOINE-RACINE

Le travail d’une vie, poursuivi par d’autres

Dans l’histoire du Centre, un nom revient avec une affection particulière : celui de Mgr Georges Cloutier. Alors recteur du Séminaire de Sherbrooke, il a permis la création de son service d’archives et en a été le premier président. Devenu vicaire général à l’Archevêché, il s’est aussi investi dans la création du service d’archives de l’Archidiocèse, puis est demeuré présent lors du regroupement des deux services.

Il n’a toutefois jamais pu voir les nouveaux locaux : il est décédé avant leur inauguration en 2016. Pour l’équipe, ce regret rappelle que le Centre actuel est le fruit d’un long engagement, porté par des personnes convaincues que ces documents méritaient d’être conservés. Ce travail se poursuit aujourd’hui avec l’appui et la collaboration d’autres acteurs du milieu, dont le Centre de ressources des Cantons-de-l’Est, le Musée d’histoire de Sherbrooke, BAnQ Sherbrooke, le Séminaire et l’Archevêché de Sherbrooke.

IMAGE GRACIEUSETÉ / CASSANDRA FORTIN / CENTRE D’ARCHIVES MGR-ANTOINE-RACINE

Préserver le passé en pensant à demain

Les archives sont fragiles : le temps peut abîmer les documents, et une histoire peut se perdre lorsqu’on cesse d’y prêter attention. C’est pourquoi le Centre cherche à conserver, traiter et diffuser ses collections avec une idée constante en tête : les questions que poseront les générations futures. « Bien que nous ayons les mains dans le passé, nous ne pouvons jamais sortir le futur de nos têtes », résume l’équipe.

Pour la communauté, l’invitation est simple : venir chercher, visiter ou découvrir une exposition. On peut vouloir retracer un membre de sa famille, comprendre le parcours d’une institution ou explorer une page méconnue de l’histoire locale. Et si l’on tombe parfois sur un objet aussi inattendu qu’un dentier dans une boîte à bijoux, c’est peut-être parce que la mémoire d’une région est faite, elle aussi, de grandes œuvres et de petits détails profondément humains.


Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine
Adresse
: 95 Rue Ozias-Leduc, Sherbrooke
Numéro de téléphone : (819) 563-9934, poste 330
Site Internet : www.archivesmgrracine.org
Facebook : Centre d’archives Mgr-Antoine-Racine

Nouvelles

Actualités