SHERBROOKE — L’Ordre des pharmaciens du Québec met la population en garde contre les médicaments achetés ailleurs qu’en pharmacie, après la découverte d’un laboratoire clandestin à Sherbrooke. Près de 60 000 comprimés contrefaits contenant de la protonitazépyne y auraient été saisis par la Gendarmerie royale du Canada. Cette substance appartient à la famille des nitazènes, des opioïdes de synthèse particulièrement dangereux.
Des comprimés presque impossibles à reconnaître
Selon l’Ordre, ces comprimés peuvent être difficilement distinguables de véritables médicaments. Leur apparence peut donner une fausse impression de sécurité, alors que leur composition et leur concentration ne sont soumises à aucun contrôle. Une personne croyant acheter un médicament sur le marché noir peut donc consommer, sans le savoir, une dose potentiellement mortelle d’un opioïde.
La protonitazépyne retrouvée lors de l’enquête serait environ 25 fois plus puissante que le fentanyl. Une très petite quantité peut ralentir la respiration, provoquer une perte de conscience et entraîner rapidement une surdose. La puissance réelle d’un comprimé clandestin peut également varier considérablement d’une pilule à l’autre.
Un laboratoire installé dans une résidence
Le laboratoire clandestin avait été découvert dans le sous-sol d’une résidence de Sherbrooke au cours d’une enquête menée par la GRC. En plus des quelque 60 000 comprimés, les policiers avaient saisi d’importantes quantités de produits chimiques ainsi que du matériel permettant une production à grande échelle. Des accusations ont depuis été déposées dans le cadre de deux enquêtes distinctes portant sur des laboratoires de Sherbrooke et de Drummondville.
La GRC a annoncé que six personnes étaient accusées dans l’ensemble de ces deux dossiers. Les accusations n’équivalent toutefois pas à une déclaration de culpabilité, et les personnes visées sont présumées innocentes tant qu’un tribunal n’a pas rendu de jugement.
Des intoxications difficiles à renverser
Santé Canada explique que les nitazènes n’ont jamais été homologués pour la consommation humaine. Certains sont nettement plus toxiques que le fentanyl et peuvent être ajoutés à d’autres substances à l’insu de la personne qui les consomme. Les intoxications peuvent aussi nécessiter plusieurs doses de naloxone avant que les effets de l’opioïde soient temporairement renversés.
Devant une surdose présumée, il faut immédiatement appeler le 911 et administrer de la naloxone lorsqu’elle est disponible. La naloxone agit temporairement : ses effets peuvent disparaître avant ceux de l’opioïde, ce qui signifie que la respiration peut de nouveau s’arrêter. Des trousses sont offertes sans ordonnance dans la plupart des pharmacies.
Acheter uniquement en pharmacie
L’Ordre des pharmaciens recommande de ne jamais acheter de médicaments auprès d’un particulier, sur les réseaux sociaux ou par l’entremise d’un site dont la légitimité n’est pas établie. Les médicaments remis en pharmacie proviennent d’une chaîne d’approvisionnement contrôlée et sont accompagnés des conseils d’un professionnel. Avec les comprimés contrefaits, l’apparence ne permet tout simplement pas de savoir ce qu’ils contiennent réellement.
Sources :
- Gendarmerie royale du Canada — Comprimés contrefaits contenant des opioïdes dangereux : six personnes accusées
- Ordre des pharmaciens du Québec — Mise en garde concernant les faux comprimés
- Santé Canada — Nitazènes dans les décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes
- Santé Canada — Naloxone

