À Montréal, l’anglais chez les nouveaux arrivants relance le débat sur la francisation

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MONTRÉAL — Une publication devenue populaire sur Reddit relance le débat sur la place du français chez les nouveaux arrivants à Montréal. Un internaute affirme avoir été frappé, lors d’un récent séjour professionnel dans la métropole, par le nombre de personnes semblant nouvellement établies au Québec qui communiquaient uniquement en anglais. Son témoignage, forcément fondé sur une impression personnelle, a néanmoins provoqué des dizaines de réactions sur l’efficacité des politiques de francisation.

L’auteur se demande notamment si le Québec aurait assoupli ses exigences linguistiques en matière d’immigration. Les réponses montrent toutefois une réalité beaucoup plus complexe, où se croisent immigration permanente, travailleurs temporaires, étudiants étrangers et citoyens canadiens venus d’une autre province. Toutes ces personnes ne sont pas soumises aux mêmes exigences de connaissance du français.

Des règles variables selon le statut

La connaissance du français demeure importante dans plusieurs programmes québécois d’immigration permanente. Elle peut être exigée ou accorder davantage de points aux candidats, selon le programme et leur profession. Toutefois, une personne présente à Montréal peut aussi être une étudiante étrangère, une travailleuse temporaire ou une Canadienne provenant d’une autre province, sans avoir eu à démontrer dès son arrivée une maîtrise suffisante du français.

Depuis décembre 2025, les travailleurs étrangers temporaires qui souhaitent renouveler leur Certificat d’acceptation du Québec après trois années de travail dans la province doivent démontrer une connaissance orale du français correspondant au niveau 4 de l’échelle québécoise. L’obligation ne signifie donc pas que chaque travailleur étranger doit déjà parler français dès sa première journée au Québec. Quant aux étudiants étrangers, les conditions générales d’obtention d’un permis d’études reposent principalement sur leur admission, leur capacité financière et le respect des exigences associées à leurs études.

Des cours difficiles à concilier avec le travail

Plusieurs participants à la discussion disent vouloir apprendre le français, mais peiner à trouver une formule compatible avec leur emploi. Un internaute explique que les cours les mieux adaptés à sa situation se déroulaient de 18 h à 22 h, quatre soirs par semaine, alors que son travail se terminait régulièrement après 18 h. Une autre personne affirme que son conjoint a vu ses cours être déplacés en ligne ou annulés à plusieurs reprises.

Québec offre pourtant des cours gratuits à temps complet, à temps partiel, en ligne et dans certains domaines professionnels. Les formations à temps partiel peuvent représenter de 6 à 20 heures par semaine et se dérouler le jour, le soir ou la fin de semaine, selon les endroits. Pour une première demande, le gouvernement indique cependant qu’un cours à temps partiel commence généralement dans un délai pouvant atteindre 70 jours ouvrables, contre 50 jours pour une formation à temps complet.

Sur papier, cette diversité d’horaires doit faciliter la participation des personnes qui travaillent. Dans la pratique, les témoignages publiés sur Reddit font état de déplacements, de changements de formule et de plages horaires parfois difficiles à concilier avec un emploi exigeant. Ces récits ne permettent pas de mesurer l’ensemble du réseau, mais ils montrent que l’existence d’un cours ne garantit pas nécessairement qu’il soit accessible à tous.

L’anglais s’impose parfois au travail

Le débat ne porte pas uniquement sur la volonté individuelle des nouveaux arrivants. Certains internautes disent avoir appris le français avant même de venir au Québec, pour ensuite se retrouver dans un milieu de travail fonctionnant largement en anglais. L’un d’eux affirme notamment devoir travailler dans cette langue parce que ses collègues se trouvent en Colombie-Britannique ou en Ontario.

Cette situation est particulièrement présente dans certaines entreprises tournées vers les marchés internationaux, ainsi que dans des secteurs comme les technologies, la recherche et la finance. À Montréal, une personne peut donc habiter, travailler et consommer dans un environnement où l’anglais suffit souvent à répondre à ses besoins quotidiens. L’immersion qui devrait normalement favoriser l’apprentissage du français devient alors beaucoup moins naturelle.

Un problème plus large que l’immigration

Plusieurs participants rappellent également que la présence d’une personne anglophone à Montréal ne permet pas de connaître son statut ou son parcours. Elle peut être nouvellement immigrée, mais aussi venir de Toronto, de Vancouver ou d’une autre région du Canada. Elle peut encore être établie au Québec depuis longtemps ou simplement travailler pour une entreprise étrangère.

La discussion illustre surtout le décalage entre les objectifs officiels de francisation et l’expérience rapportée par certaines personnes sur le terrain. Le Québec offre des programmes gratuits et renforce progressivement ses exigences, mais les horaires, les délais d’attente et l’omniprésence de l’anglais dans certains milieux compliquent toujours l’intégration linguistique. Défendre le français ne consiste donc pas seulement à exiger son apprentissage : encore faut-il créer les conditions permettant de le suivre, de le pratiquer et de l’utiliser réellement au travail.

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