Jean-Luc Mongrain s’éteint à 75 ans

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SHERBROOKE – Le journaliste et animateur Jean-Luc Mongrain est décédé à l’âge de 75 ans, dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre 2026, des suites d’un cancer fulgurant. Sa fille a confirmé la nouvelle à Cogeco Nouvelles. Figure incontournable de la télévision québécoise pendant plusieurs décennies, il laisse derrière lui une carrière marquée par son franc-parler, ses interventions passionnées et sa manière bien particulière de commenter l’actualité. Pour Sherbrooke et l’Estrie, sa disparition revêt une signification particulière, puisque c’est dans la région qu’il avait fait ses premiers pas dans le monde des médias.

Avec sa voix reconnaissable, ses expressions colorées et ses célèbres coups de colère, Jean-Luc Mongrain avait développé un style qui ne laissait personne indifférent. À une époque où la présentation des nouvelles demeurait généralement très formelle, il avait choisi d’y ajouter une dimension personnelle, mêlant information, analyse et indignation.

Son approche lui a valu une immense popularité, mais également des critiques sur la place du commentaire dans le journalisme. Il aura néanmoins marqué plusieurs générations de téléspectateurs et contribué à faire évoluer la façon de présenter l’actualité au Québec.

De l’enseignement aux médias de Sherbrooke

Né le 16 juillet 1951, Jean-Luc Mongrain a étudié en théologie à l’Université de Sherbrooke. En 1973, il commence sa carrière dans l’enseignement des sciences religieuses, notamment à l’école secondaire Immaculée-Conception de Sherbrooke.

L’année suivante, il fait son entrée dans le monde des communications à la station de radio CJRS, où il travaille comme lecteur de nouvelles et journaliste. Il y développe progressivement son intérêt pour les affaires publiques et l’animation.

En janvier 1982, il reprend notamment les commandes de l’émission L’Heure juste, précédemment animée par Claude Métras, avant de quitter la station à la fin de l’été.

Son parcours régional se poursuit également dans la presse écrite. Il acquiert La Nouvelle du Haut-François et participe à la gestion de La Nouvelle de Sherbrooke, dont il demeure propriétaire pendant plusieurs années.

À l’automne 1984, il fait ses débuts à la télévision sur les ondes de CHLT-TV, à Sherbrooke, avec L’Heure juste, une émission hebdomadaire d’affaires publiques. Diffusée d’abord régionalement, elle rejoint ensuite les stations du réseau Pathonic en 1985, puis le réseau TVA à compter de 1987.

Cette progression marque le début d’une notoriété qui dépassera rapidement les frontières de l’Estrie.

Mongrain de sel et une ascension à la télévision québécoise

À l’automne 1986, Jean-Luc Mongrain lance Mongrain de sel sur le réseau Pathonic. L’émission est ensuite reprise par Télé-Métropole en 1988, où elle est notamment diffusée après Salut, Bonjour !.

Mongrain y développe sa signature : des commentaires directs, des réactions spontanées et une volonté manifeste de défendre les préoccupations du citoyen ordinaire.

En janvier 1991, il s’installe à Montréal avec sa famille. Son émission connaît différentes transformations, passant notamment de la programmation matinale à celle du midi.

En 1993, Mongrain de sel devient simplement Mongrain et se retrouve en fin d’après-midi, avant le bulletin de nouvelles de TVA.

Il quitte finalement TVA au printemps 1996 et poursuit son parcours à Télé-Québec, notamment avec La Commission Mongrain.

En septembre 1999, il prend les commandes du Grand Journal à TQS, qu’il anime jusqu’en mai 2008. Pendant près de neuf ans, il y présente une formule combinant nouvelles, entrevues et commentaires personnels.

Il revient ensuite à la télévision en 2009 sur les ondes de LCN, où il anime une émission quotidienne d’affaires publiques. Il quitte le réseau en avril 2012, à la suite de discussions contractuelles qui n’aboutissent pas.

Au fil de sa carrière, il remporte 18 trophées Artis, dont celui du meilleur animateur d’émission d’affaires publiques en 2010.

Des interventions entrées dans la culture populaire

Certaines interventions de Jean-Luc Mongrain ont traversé les années pour devenir de véritables références de la culture populaire québécoise.

Sa célèbre sortie contre les listes interminables de fournitures scolaires, particulièrement les fameux « 17 duo-tangs », demeure l’un des exemples les plus connus. Reprise à maintes reprises sur Internet, cette séquence illustre sa capacité à transformer un problème du quotidien en un moment de télévision mémorable.

Son parcours comporte également des épisodes plus inhabituels.

Le 21 octobre 1998, un homme barricadé avec un otage dans un logement de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, demande expressément la présence de Jean-Luc Mongrain comme médiateur. Le journaliste participe aux échanges avant que l’homme ne se rende finalement aux autorités.

Cet événement exceptionnel témoigne de la place qu’il occupait déjà dans l’espace public québécois.

Un engagement au-delà des plateaux de télévision

En parallèle de ses activités journalistiques, Jean-Luc Mongrain s’implique dans différentes causes sociales.

Il agit notamment comme porte-parole du Club des petits déjeuners du Québec pendant plusieurs années, contribuant à sensibiliser la population aux besoins alimentaires des enfants.

Il prête également son nom à un fonds de la Fondation du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke destiné à encourager la recherche médicale, particulièrement les travaux menés par les médecins et chercheurs associés au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel.

En 2014, il devient porte-parole du Concours musical international de Montréal. Il participe également à des projets documentaires, dont Coupable ou malade ?, avant de publier en 2015 Prendre la parole, un ouvrage consacré à l’art de s’exprimer devant un public.

Un retour remarqué sur les réseaux sociaux

Même après son retrait de la télévision quotidienne, Jean-Luc Mongrain demeure présent dans l’espace public.

En avril 2020, pendant le confinement lié à la pandémie de COVID-19, il publie ses premières interventions sur une page Facebook officielle. Sa première vidéo connaît un succès considérable, cumulant environ 1,5 million de visionnements selon les données rapportées à l’époque.

Ce retour numérique lui permet de renouer avec ses anciens téléspectateurs tout en rejoignant un public plus jeune.

Il poursuit cette présence médiatique en lançant Mongrain en balado en 2021, une nouvelle plateforme consacrée aux discussions et aux enjeux d’actualité.

Jean-Luc Mongrain s’éteint à 75 ans
PHOTO D’ARCHIVES TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK « VOUS SOUVENEZ-VOUS DANS LE TEMPS À SHERBROOKE

Un attachement profond à Sherbrooke jusqu’à ses derniers mois

Le 6 juillet 2026, à peine trois mois avant son décès, Jean-Luc Mongrain accorde une entrevue à Cogeco à l’occasion du Brunch des anciens des médias de Sherbrooke, un rassemblement dont il est président d’honneur.

Il revient alors sur ses premières expériences professionnelles et sur l’importance de la région dans son cheminement.

« Je dois tout à la région de Sherbrooke et sa population et les camarades », affirme-t-il, rappelant combien l’accueil des Estriens et les liens tissés avec ses collègues avaient contribué à son développement professionnel.

Au cours de cette entrevue, il aborde également les défis contemporains des médias régionaux, notamment la concentration de la propriété, leur pérennité et la nécessité de s’adapter aux nouvelles plateformes de communication.

Ses propos prennent aujourd’hui une résonance particulière. Malgré une carrière menée sur les plus grands réseaux de télévision québécois, Mongrain continuait de reconnaître l’importance de Sherbrooke dans son parcours.

Une vague d’hommages à travers le Québec

L’annonce de son décès a rapidement suscité de nombreuses réactions dans les milieux médiatiques, politiques et culturels.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a notamment souligné l’influence de Mongrain sur le métier de communicateur et sa capacité à provoquer la réflexion.

Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a rappelé son authenticité et sa manière de défendre les citoyens face aux lourdeurs administratives.

L’entrepreneur Olivier Primeau a également rendu hommage à une personnalité qui avait marqué sa jeunesse, évoquant les émissions qu’il regardait autrefois avec sa grand-mère.

Ces témoignages illustrent l’influence d’un animateur dont les interventions ont accompagné l’actualité québécoise pendant plusieurs décennies.

Une voix qui restera dans les mémoires

La disparition de Jean-Luc Mongrain marque la fin d’une époque pour de nombreux Québécois qui ont grandi en regardant ses émissions.

Bien avant les réseaux sociaux et la multiplication des commentateurs numériques, il avait fait de la réaction spontanée et de l’opinion assumée une signature immédiatement reconnaissable.

Son parcours rappelle également l’importance des médias régionaux dans la formation de personnalités qui rayonnent ensuite à l’échelle provinciale.

De la radio CJRS aux plateaux de TVA, de TQS et de LCN, en passant par la presse écrite, il aura consacré plus d’un demi-siècle aux communications, avec une même volonté de rendre l’information accessible et de susciter la réflexion.

Pour Sherbrooke, il restera aussi celui qui, après avoir connu le succès à l’échelle du Québec, n’avait jamais oublié la région qui lui avait ouvert les portes du métier.

Une voix s’est éteinte, mais son empreinte dans l’histoire des médias québécois demeure.

Sources:

Cogeco Nouvelles – 98,5 Montréal, 12 octobre 2026. Décès de Jean-Luc Mongrain et confirmation de sa famille. https://www.985fm.ca/nouvelles/808070/rss.xml

107,7 Estrie – Cogeco Média, 6 juillet 2026. Entrevue « Je dois tout à la région de Sherbrooke ». https://www.fm1077.ca/audio/787626/je-dois-tout-a-la-region-de-sherbrooke-jean-luc-mongrain

Journal de Montréal, 12 octobre 2026. « Le flamboyant et coloré journaliste Jean-Luc Mongrain s’éteint ». https://www.journaldemontreal.com/2026/10/12/le-flamboyant-et-colore-journaliste-jean-luc-mongrain-seteint

Journal de Montréal, 12 octobre 2026. « Décès de Jean-Luc Mongrain : les hommages se multiplient au Québec ». https://www.journaldemontreal.com/2026/10/12/deces-de-jean-luc-mongrain-les-hommages-se-multiplient-au-quebec

Journal de Québec, 20 février 2009. « Jean-Luc Mongrain a encore la flamme ». https://www.journaldequebec.com/2009/02/20/jean-luc-mongrain-a-encore-la-flamme

6. Wikipédia. « Jean-Luc Mongrain », biographie et chronologie de sa carrière. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Mongrain

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