Itinérance, école et indépendance : Gabriel Pallotta expose sa vision pour Sherbrooke

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SHERBROOKE — On peut aider des gens à quitter la rue et voir, malgré tout, les besoins continuer d’augmenter. Pour Gabriel Pallotta, candidat du Parti Québécois dans Sherbrooke, cette contradiction se trouve au cœur de la crise de l’itinérance : les efforts du milieu ne suffisent pas si d’autres personnes perdent continuellement pied. Dans un entretien accordé au Journal de Sherbrooke, celui qui a coordonné la Table itinérance de Sherbrooke explique comment son expérience du communautaire nourrit sa conception de la politique, de l’école et du projet indépendantiste.

« On génère de l’itinérance », affirme-t-il, en mettant en cause les politiques publiques et les lacunes de l’accompagnement offert aux personnes vulnérables. Son diagnostic dépasse le manque de places dans les ressources d’hébergement : il parle des jeunes qu’on échappe, des sorties de détention mal préparées et d’une aide sociale qui, à ses yeux, permet davantage de survivre que de retrouver son autonomie. C’est sur ces parcours, souvent bien avant l’arrivée dans la rue, qu’il souhaite agir.

Du sport au communautaire, un intérêt pour l’humain

Gabriel Pallotta situe les débuts de son engagement il y a une vingtaine d’années, dans les milieux sportifs. Athlète pendant ses études, il s’est impliqué dans des clubs locaux et régionaux, notamment en badminton, tout en pratiquant aussi le basketball et les arts martiaux. Il explique avoir trouvé dans ces milieux le goût de participer à la vie collective, un engagement qu’il a poursuivi à Sherbrooke.

Ses études en droit et en psychologie répondaient à des intérêts personnels, sans qu’il envisage nécessairement d’exercer les professions associées à ces domaines. Le communautaire lui semblait déjà être le milieu où il pourrait mettre à profit cette diversité de connaissances, en travaillant sur des problèmes à la fois sociaux et économiques. « C’est vraiment l’humain qui m’a toujours intéressé avant tout », résume-t-il.

Originaire de Deux-Montagnes, il a commencé sa vie professionnelle dans les carrefours jeunesse-emploi. Il y accompagnait notamment des jeunes éloignés du marché du travail dans la réalisation de projets, allant de l’organisation d’événements à la création de petites entreprises. Ce qu’il retient de ces années, c’est la possibilité de donner confiance à des personnes qui avaient rarement été encouragées à croire en leurs capacités.

Faire travailler ensemble des gens qui ne pensent pas pareil

Son arrivée à la Table itinérance de Sherbrooke lui a permis d’élargir cette approche. D’abord chargé de projets, il explique que ses fonctions ont évolué vers la coordination pendant la pandémie, au fil des besoins. Son travail consistait alors à réunir les organismes communautaires, mais aussi les représentants de la Ville, les policiers et le CIUSSS pour chercher des réponses communes.

« Réunir les gens pour voir c’est quoi qu’on est capable de travailler ensemble », dit-il pour décrire son expertise. Il précise que travailler uniquement avec des personnes déjà d’accord entre elles l’intéresse moins que de trouver un terrain d’entente entre des acteurs aux perspectives différentes. À ses yeux, cette capacité à faire avancer un dossier malgré les désaccords correspond aussi au travail d’un député.

Il reconnaît toutefois que son expérience en itinérance ne lui donne pas toutes les réponses aux enjeux de Sherbrooke. Un élu doit également pouvoir discuter avec les promoteurs immobiliers, les milieux financiers, les entreprises technologiques et les travailleurs d’usine, explique-t-il. Il défend ainsi une conception du rôle de député fondée sur l’écoute des compétences du milieu et la compréhension des liens entre les différents secteurs.

Agir avant que les gens se retrouvent à la rue

Lorsqu’il décrit l’évolution de l’itinérance, Gabriel Pallotta insiste sur le travail déjà accompli pour permettre à des personnes de retrouver un logement. Selon lui, les organismes et les équipes du réseau public obtiennent des résultats, mais doivent constamment accueillir de nouvelles personnes, en plus d’accompagner celles qui connaissent des rechutes. Il dit aussi constater une diversification des profils, avec davantage de jeunes, de femmes et de personnes âgées en difficulté.

Il pointe notamment les ruptures dans les services offerts aux jeunes qui éprouvent des difficultés scolaires ou passent par la protection de la jeunesse. Il évoque également les personnes qui sortent des établissements de détention sans disposer des ressources nécessaires pour trouver un appartement et répondre à leurs besoins essentiels. Pour lui, la lutte contre l’itinérance exige donc de mieux préparer ces transitions, plutôt que d’intervenir seulement une fois la situation devenue urgente.

Son regard sur l’aide sociale est tout aussi critique. Il estime que les montants accordés et la lourdeur administrative maintiennent trop souvent les personnes dans une logique de survie, sans leur offrir de véritables possibilités de sortir de la pauvreté. « On te fait juste dire “continue de survivre” », lance-t-il, en réclamant une organisation des services qui favorise davantage l’autonomie.

Cette volonté de prévention rejoint le plan présenté par le Parti Québécois le 18 septembre, qui prévoit un investissement d’un milliard de dollars sur quatre ans et vise une réduction de moitié de l’itinérance d’ici 2030. Le parti promet notamment 2 000 logements destinés aux personnes en situation d’itinérance, avec de l’accompagnement spécialisé, ainsi qu’un renforcement des interventions sociales et du soutien aux organismes. Gabriel Pallotta affirme toutefois qu’un éventuel gouvernement péquiste devrait commencer à mobiliser les partenaires dès son arrivée au pouvoir, sans attendre la tenue d’un sommet.

La bureaucratie dans sa ligne de mire

Interrogé sur le rôle des politiques d’austérité dans la fragilisation des services, le candidat refuse de ramener le problème à la seule quantité d’argent dépensée. Selon lui, augmenter ou réduire les budgets ne règle pas les difficultés si l’organisation du système continue de multiplier les structures de gestion. « À la fin, le problème, c’est comment on structure le système », soutient-il.

Il prend pour exemple la création de Santé Québec, dont il critique les effets sur les échanges entre les partenaires. Il raconte s’être retrouvé avec deux interlocuteurs aux fonctions semblables, sans que le partage des responsabilités soit clair. Ce témoignage nourrit sa conviction que les ressources doivent servir à renforcer les services et à faciliter le travail du terrain, plutôt qu’à ajouter des étapes administratives.

Le porte-à-porte lui fait découvrir une autre Sherbrooke

La campagne lui permet aussi de sortir du milieu communautaire qu’il connaît bien. Gabriel Pallotta raconte notamment ses discussions avec des travailleurs du secteur manufacturier, dont la fierté envers leur produit lui fait découvrir une autre facette de l’économie sherbrookoise. Il souligne le lien entre cette activité économique et les revenus qui permettent de soutenir les programmes sociaux.

Dans les quartiers, les conversations prennent parfois une tournure plus personnelle qu’il ne l’avait imaginé. Des citoyens l’invitent à entrer chez eux pour parler de leurs difficultés à obtenir un médecin, tandis que des enfants lui montrent leurs cartes Pokémon avant d’aborder la chaleur dans leurs classes ou les difficultés du retour à l’école. Ces rencontres lui font mesurer la variété des attentes envers un député, bien au-delà de son domaine d’expertise.

Une école où les jeunes peuvent bouger

Son expérience sportive revient lorsqu’il est question d’éducation. Gabriel Pallotta souhaite que les jeunes puissent bouger une heure par jour et estime que l’activité physique devrait trouver sa place dans l’ensemble de la journée scolaire. Il propose notamment de recourir à de courtes périodes de mouvement et d’étirement en classe, sans limiter l’exercice aux moments passés au gymnase.

Il reconnaît que le développement du sport parascolaire se heurte au manque d’espace et souligne l’importance de faire avancer les projets de nouvelles écoles attendus à Sherbrooke. En attendant, il appelle à faire preuve de créativité dans les installations existantes. Sa conception de l’école englobe aussi l’apprentissage de la culture, de l’histoire et de la citoyenneté, dans un milieu qui tient davantage compte du besoin de mouvement des enfants.

Gouverner sans attendre que les urgences s’accumulent

À l’approche du scrutin, Gabriel Pallotta dit préférer l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire, qu’il juge mieux placé pour faire avancer les dossiers urgents. Dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire, il affirme que son parti chercherait tout de même à agir, tout en s’attendant à rencontrer de la résistance de ses adversaires. L’itinérance et la protection des entreprises québécoises figurent parmi les enjeux pour lesquels il estime qu’il n’y a plus de temps à perdre.

Il reconnaît également ressentir la pression de la fin de campagne. Il reproche aux autres partis de consacrer davantage d’énergie à critiquer le PQ qu’à présenter leurs propres propositions, une appréciation qu’il rattache à leur stratégie électorale. Sur l’environnement, il affirme que son parti a présenté un plan pendant l’été, mais juge que ses propositions n’ont pas suscité l’attention souhaitée.

L’indépendance comme projet collectif

Interrogé sur la façon de convaincre les électeurs de voter oui à un éventuel référendum, y compris les nouveaux arrivants, Gabriel Pallotta met de l’avant un projet tourné vers l’avenir commun. Il évoque une idée qu’il associe à Pierre Falardeau : se préoccuper davantage de la destination collective que de l’origine des gens. Il soutient que les politiques d’aide aux familles doivent profiter à l’ensemble de la population et que l’accueil des personnes immigrantes fait partie de cette ambition.

Il décrit la culture québécoise comme une culture distincte, façonnée aussi par les différentes vagues d’immigration et les échanges avec les cultures environnantes. La préserver signifie, dans sa vision, continuer à l’enrichir et permettre à ceux qui se joignent à la société québécoise de participer à son avenir. Il souhaite que la discussion sur l’indépendance porte davantage sur les pouvoirs que le Québec pourrait exercer et sur leurs conséquences concrètes dans la vie des citoyens.

Gabriel Pallotta se dit confiant dans l’issue d’un prochain référendum, sans présenter la victoire qu’il espère comme celle d’un seul groupe. « Ça va être une victoire collective », affirme-t-il. Du travail auprès des jeunes à la concertation en itinérance, puis à son engagement politique, il revient ainsi à la même conviction : les projets qu’il défend doivent pouvoir se construire avec les personnes concernées.

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