Sur plusieurs années, soit du 1er janvier 2020 au 30 mai 2025, des données obtenues en vertu de la Loi sur l’accès à l’information révèlent que plusieurs centaines de fausses alarmes incendie ont été déclenchées dans des bâtiments publics situés sur le territoire de la Ville de Sherbrooke.
Malgré l’ampleur du phénomène, la Ville ne semble toujours pas s’être dotée de mesures dissuasives claires pour limiter la répétition de ces événements, contrairement à certaines municipalités voisines qui ont adopté des règlements assortis de sanctions financières.
Des chiffres révélateurs
Parmi les adresses les plus problématiques figure le 2500, boulevard de l’Université, un bâtiment institutionnel qui aurait généré 322 fausses alarmes sur la période analysée, pour seulement cinq incendies réels. D’autres immeubles présentent des ratios similaires, notamment le 3001, 12e Avenue Nord avec 118 fausses alarmes, et le 2600, rue du Collège, qui en compte 109.
Ces déclenchements sans fondement mobilisent inutilement les ressources du Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, perturbent le fonctionnement normal des établissements concernés et contribuent à une désensibilisation du public face aux véritables situations d’urgence.
Aucune sanction prévue à Sherbrooke
À l’heure actuelle, aucun article précis du règlement municipal de Sherbrooke ne prévoit de pénalité financière spécifique pour les récidivistes en matière de fausses alarmes incendie. Malgré la répétition des incidents, aucun barème de frais ni mécanisme coercitif clairement applicable ne figure dans les documents publics accessibles.
Cette absence de cadre réglementaire soulève des questions quant à la responsabilisation des institutions concernées, alors que les coûts opérationnels associés à ces interventions sont ultimement assumés par l’ensemble des contribuables.
Un contraste régional marqué
À titre de comparaison, la municipalité de Saint-Denis-de-Brompton, desservie par un service d’incendie partagé avec Sherbrooke, a adopté en 2023 le règlement 724. Celui-ci prévoit des amendes pouvant atteindre 4 000 $ pour les entités légales en cas de récidive liée aux fausses alarmes incendie.
Le règlement évoque explicitement une volonté d’harmonisation avec les normes de Sherbrooke, une harmonisation qui, dans les faits, demeure pour l’instant largement théorique.
(Source : https://www.sddb.ca/file-18498)
Une question de responsabilité publique
Cette disparité réglementaire soulève un enjeu fondamental : pourquoi Sherbrooke, malgré des données préoccupantes, n’a-t-elle pas emboîté le pas à ses partenaires régionaux ? Et surtout, jusqu’à quand les contribuables devront-ils absorber les coûts d’un cadre réglementaire qui n’impose aucune conséquence aux établissements négligents ?
À l’heure où les municipalités cherchent à optimiser leurs ressources tout en assurant la sécurité publique, l’inaction réglementaire de Sherbrooke apparaît comme une exception notable. Une révision du règlement municipal, inspirée de l’approche adoptée à Saint-Denis-de-Brompton, constituerait une réponse concrète à un problème désormais bien documenté.

