OGDEN — Les paroles anglaises de « Ô Canada » ont été écrites à Ogden, dans une résidence d’été au bord du lac Memphrémagog. Le parc Weir rappelle aujourd’hui le passage de Robert Stanley Weir dans la région et le rôle qu’il a joué dans l’histoire de l’hymne national. Dans une publication, Marianne Dandurand raconte avoir visité le parc avec le maire d’Ogden, David Lépine, devant le monument consacré à l’auteur des paroles anglaises.
L’histoire de l’hymne commence toutefois ailleurs, à Québec, près de trois décennies avant le séjour de Weir dans les Cantons-de-l’Est. La musique de Calixa Lavallée et les paroles françaises d’Adolphe-Basile Routhier ont été réunies en 1880 pour une célébration de la Saint-Jean-Baptiste. La chanson, devenue au fil des ans un symbole national, a finalement été désignée hymne officiel du Canada en 1980.
Une commande pour la Saint-Jean-Baptiste
En 1880, le lieutenant-gouverneur du Québec, Théodore Robitaille, souhaite marquer les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste à Québec avec une œuvre patriotique. L’événement doit aussi rendre hommage au Congrès national des Canadiens français. Le juge et écrivain Adolphe-Basile Routhier est chargé de rédiger les paroles, tandis que Calixa Lavallée reçoit la commande de composer la musique.
La première interprétation de « Ô Canada » a lieu le 24 juin 1880, lors d’un banquet au Pavillon des patineurs, à Québec. À l’origine, le chant est entièrement français et ses paroles évoquent notamment la foi, l’histoire et la défense du pays. Le texte de Routhier, toujours utilisé aujourd’hui dans la version française officielle, n’a pas été modifié depuis sa création.
Calixa Lavallée est né à Verchères en 1842. Pianiste, organiste, chef d’orchestre et professeur de musique, il mène une carrière qui le conduit notamment aux États-Unis, où il s’établit à Boston vers la fin de sa vie. Il meurt dans cette ville en 1891, sans avoir vu la chanson qu’il avait composée devenir officiellement l’hymne national du Canada.
La chanson gagne le Canada anglophone
Au départ, « Ô Canada » est surtout associé aux Canadiens français. Sa notoriété s’élargit après 1901, lorsque le chant est interprété pendant la tournée au Canada du duc et de la duchesse de Cornouailles et d’York, les futurs roi George V et reine Mary. La chanson attire alors davantage l’attention du public anglophone.
Plusieurs adaptations anglaises sont écrites au début du XXe siècle. Celle de Robert Stanley Weir, composée en 1908, finit par devenir la plus populaire. Avocat, juge et poète, Weir ne traduit pas simplement le texte français : il écrit une nouvelle version anglaise, sur la musique de Lavallée.
Une résidence d’été au bord du lac Memphrémagog
L’écriture de cette version anglaise mène directement à Ogden. En juillet 1908, Weir séjourne à Cedarhurst, sa résidence d’été située dans la municipalité. L’histoire locale publiée par Ogden associe la rédaction des paroles aux célébrations du tricentenaire de la fondation de Québec, qui se déroulent cette année-là.
L’endroit où Weir compose ses paroles donne à Ogden une place particulière dans l’histoire de l’hymne. Les mots anglais évoquent un vaste territoire, les prairies, les rivières et le « True North, strong and free ». Ce texte, conçu dans une résidence d’été de l’Estrie, deviendra ensuite la version la plus connue de « Ô Canada » dans le Canada anglophone.
La version de Weir est publiée officiellement en 1927, dans le contexte du jubilé de diamant de la Confédération. Elle s’impose graduellement dans les cérémonies et les rassemblements publics. En 1980, lorsque le Parlement adopte la Loi sur l’hymne national, les paroles anglaises officielles sont fondées sur son texte.
Le parc Weir rappelle cette histoire
Le parc Weir, à Ogden, conserve la mémoire de l’auteur. Le terrain a été donné par son fils en 1956 et une stèle commémorative a été installée en 1999. Le monument rappelle que Weir a écrit les paroles anglaises de l’hymne sur la musique de Calixa Lavallée.
Il faut toutefois distinguer le lieu de mémoire de la sépulture du compositeur. La tombe de Calixa Lavallée ne se trouve pas en Estrie : après sa mort à Boston, sa dépouille a été rapatriée au Canada en 1933 et inhumée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal. Le parc d’Ogden commémore plutôt Weir et le lien de la région avec les paroles anglaises.
Cette distinction permet de mesurer les différentes étapes de l’histoire de l’hymne. La musique a été composée par Lavallée et les premières paroles françaises sont de Routhier; les paroles anglaises les plus connues ont été écrites par Weir à Ogden. Le monument du parc rappelle ainsi la contribution de l’Estrie à une œuvre dont les origines et la mémoire sont réparties entre plusieurs lieux du Québec et du Canada.
Un hymne officiel depuis 1980
« Ô Canada » a été proclamé hymne national par une loi adoptée en 1980, exactement un siècle après sa première interprétation. La version française de Routhier est demeurée intacte, tandis que les paroles anglaises ont connu quelques changements au fil du temps. En 2018, la formule « in all thy sons command » a notamment été remplacée par « in all of us command » afin d’adopter un langage plus inclusif.
L’histoire de l’hymne traverse donc plusieurs époques et plusieurs régions. Une commande passée à Québec pour la Saint-Jean-Baptiste a donné naissance à une chanson dont la musique est signée par un compositeur de Verchères. Des paroles anglaises écrites dans une résidence d’été d’Ogden ont ensuite contribué à la faire connaître d’un océan à l’autre.
Sources :
- Historique de l’Ô Canada — Patrimoine canadien www.canada.ca
- « Ô Canada : Notre hymne national et la muse Memphrémagog » — Municipalité d’Ogden www.munogden.ca
- Parc commémoratif Weir — Anciens Combattants Canada veterans.gc.ca
- Calixa Lavallée — Dictionnaire biographique du Canada www.biographi.ca
- Publication de Marianne Dandurand


